Héraldique communale #2 - Brugge

Originellement décernée par le Comte de Flandre en 1304, le blason de la Ville de Bruges a connu plusieurs modifications mineures, notamment dans l’attitude et la couleur du lion (le lion d’azur date du 14ème siècle). Le lion dérive par ailleurs de celui des Comtes de Flandre, qui l’arboraient de sables.

Le lion tenant est directement issu des Flandres ; l’ours, quant à lui, est un souvenir d’une société de joutes chevaleresques très populaire à Bruges, qui l’utilisait comme symbole. Il fut ajouté aux armoiries au 16ème siècle, mais les sceaux officiels représentaient encore deux lions tenants jusqu’au 19ème siècle.

La devise SPQB, référence patente à la Rome classique, signifie Senatus PopulusQue Brugensis (le sénat et le peuple de Bruges), et se réfère à l’autonomie administrative et judiciaire de la ville.

Détail amusant : les armoiries de Bruges sont celles du Luxembourg (province et Grand duché) en couleurs inversées.

Autre détail croustillant : la popularité du Vlaamse Leeuw et l’oeuvre de Hendrick Conscience (De Leeuw Van Vlanderen) nous incite à considérer le lion comme un symbole héraldique particulièrement flamand. Or,le lion est présent sur tous les blasons des provinces wallonnes, et sur quatre seulement des provinces flamandes, absent de celui d’Anvers. Les blasons provinciaux wallons totalisent 10 lions répartis sur 5 écus, quand la Flandre en compte 4. Cette répartition peut s’observer également au sein de l’héraldique communale (avant fusion).

Politique 2.0 en Belgique : encore du chemin, madame !

Le colloque “Politique 2.0″ organisé au Moulin de Beez le 6 mars dernier par Technocité, et auquel j’ai eu la chance de participer en tant que paneliste, a démontré, une fois encore, le fossé substantiel qui subsiste entre la bonne volonté et l’action, entre le politique et l’expert Web, entre l’intention électoraliste et la véritable conversation. Voici le reportage, en deux parties, qu’en fit la RTBF, qui a couvert l’événement par le biais de l’émission Intermedias.

Les étoiles de Compostelle (H. Vincenot)

Poursuivant dans mon intérêt grandissant pour les bâtisseurs de cathédrales, je referme à l’instant ce petit chef d’œuvre de style et de mysticisme, dissimulant sous une fine intrigue une éblouissante érudition. Extrait (page 109 sq. Editions Folio).

En paraphrasant ce que dit Saint Matthieu (VI-13, 14), “Quand tu pries, ne multiplie pas les vaines paroles, comme les païens”, l’abbé Bernard avait dit, en quelque sorte ; “Quand vous faites prier la pierre, ne la torturez pas, avec le tarabiscot, en de vains ornements, comme les païens. Elle prie par sa matière, elle prie par son volume, elle prie par son poids, elle prie par son orientation et vos vaines images n’y ajoutent rien, au contraire !”

Bien sûr, les vrais sculpteurs n’étaient pas d’accord, car c’était ainsi se moquer des grands maîtres d’Autun et de Cluny. Mais Bernard était de cette eau, et son succès justement venait de sa grande soif de pureté et de rigueur. S’il était suivi par tant de gens, surtout les jeunes, qui prenaient l’habit blanc et se rasaient le crâne, c’était pour cela, par réaction contre la débauche du siècle, et sans doute pour le retour, qu’il préconisait, vers la rudesse primitive.

Héraldique communale #1 - Antwerpen

Le blason de la ville d’Anvers se lit de gueules, à porte fortifiée de trois tours, reliées entre elles par une courtine d’argent, accompagnée en chef de deux mains addossées de même. Si la fortification ne soulève aucune question, tant ce type de meubles est fréquent dans l’héraldique communale, la présence des deux mains interpelle par son anecdote légendaire, racontant que la ville doive son nom au géant Druon Antigonus, qui avait la fâcheuse habitude de couper les mains des marins refusant de s’acquitter du péage de passage de l’Escaut, et de les jeter dans le fleuve - d’où le nom “hand werpen“).

Une autre version, plus vraisemblable, attribue l’origine du nom d’Anvers à l’expression “Aen de Werpen“, soulignant ainsi que le bourg a éclos sur une berge fluviale particulièrement propice à l’accostage des barques et terreau du développement de l’activité portuaire.

Heureusement qu’on nous prévient !

Vécu sur l’E40.

Les Piliers de la Terre (K. Follet)

“Dans l’Angleterre du XIIe siècle ravagée par la guerre et la famine, des êtres luttent pour s’assurer le pouvoir, la gloire, la sainteté, l’amour, ou simplement de quoi survivre. Les batailles sont féroces, les hasards prodigieux, la nature cruelle. La haine règne, mais l’amour aussi, malmené constamment, blessé parfois, mais vainqueur enfin quand un Dieu, à la vérité souvent trop distrait, consent à se laisser toucher par la foi des hommes. Abandonnant le monde de l’espionnage, Ken Follett, le maître du suspense, nous livre avec Les Piliers de la Terre une œuvre monumentale dont l’intrigue, aux rebonds incessants, s’appuie sur un extraordinaire travail d’historien. Promené de pendaisons en meurtres, des forêts anglaises au cœur de l’Andalousie, de Tours à Saint-Denis, le lecteur se trouve irrésistiblement happé dans le tourbillon d’une superbe épopée romanesque.”

Oeuvre monumentale, magistrale, pléthorique, érudite, passionnante ! Que n’a-t-on pas écrit sur cette pièce maîtresse de l’oeuvre de Follett ?

Son gros millier de pages dévoré en une semaine, je referme ce livre avec l’irrépressible envie de m’enfoncer illico dans les campagnes françaises ou anglaises à la découverte d’églises abbatiales, de cathédrales et de monastères, y décelant les méthodes et techniques des maîtres bâtisseurs et des artisans décrites en détail par Follet.

Il traverse un demi-siècle d’histoire anglaise, oscillant sans peine entre la froide intimité des rois et l’opulente misère des campagnes. Le récit est vif, rapide, il produit d’incessants rebondissements, et nous offre à connaître une série de personnages colorés : Tom le Bâtisseur, artisan et architecte, aussi intellectuellement frustre que moralement fin ; Ellen, fille des bois aux yeux jaunes ; Jack, son gauche de fils devenu maître bâtisseur de génie ; Aliena, noble beauté que le sort n’épargne guère ; William, noble brute que la bêtise n’épargne guère, ou encore Philip, ambitieux et habile prieur prêchant son humilité, et qui, à la toute fin de l’ouvrage, “fit un pas en avant. Il allait fouetter le roi. Il était heureux d’avoir vécu jusque-là. Après cet instant, songea-t-il, le monde ne serait jamais plus tout à fait le même.

Je meurs d’amour pour toi

“Petite-fille de Louis XV et de Philippe V d’Espagne, Isabelle de Bourbon-Parme (1741-1763) est une femme exceptionnelle, qui appartient au club très fermé des princesses philosophes. Mariée en 1760 au futur empereur Joseph II, elle séduit toute la famille impériale et tombe elle-même éperdument amoureuse de sa belle-soeur, l’archiduchesse Marie-Christine. Ses lettres et ses petits billets, qui ressemblent aux courriels de notre siècle, révèlent un caractère, des sentiments et une intelligence hors du commun; ils lèvent aussi le voile sur certains secrets de la cour de Vienne.”

Ainsi se présente le quatrième de couverture de cet agréable ouvrage, intéressant à plus d’un titre. Outre le fait qu’il dépoussière l’image d’Epinal que nous conservons en mémoire sur les cours royales d’Europe de l’Est, embrumés par les airs romantiques de Romy Schneider, il nous révèle, par petites touches, l’univers intime et parfaitement concret de deux femmes évoluant dans le tableau figé des protocoles impériaux. Comment se vit, et comment s’envisage, l’homosexualité féminime alors ? Où et comment se sont déplacés les tabous ? Quelle relation entretient-on avec une supériorité de rang ? Comment peut-on être à la fois femme soumise et intellectuelle libertaire ? Autant de questions passionnantes auxquelles répondent, partiellement mais avec tant de poésie, les dizaines de billets d’Isabelle, griffonnés à la hâte entre deux moments de la journée, sur le lit, sur le divan ou (sic) sur le pot de chambre, et dépêchés à sa chère soeur Marie-Christine. Malgré moi, je n’ai pu que m’imaginer la grâce à la fois dévote et perverse de cette jeune femme moderne, prisonnière anachronique d’une période encore trop rigide pour elle, mais dont elle s’accomode pour son intérêt, et dont elle partage les enseignements avec l’objet de son coeur.

Surprenant, concupiscent et rapide coup d’oeil !