Ancienneté des moeurs administratives

“Ce qui caractérise l’administration, c’est la haine violente que lui inspirent indistinctement tous ceux qui veulent s’occuper d’affaires publiques en dehors d’elle. Le moindre corps indépendant qui semble vouloir se former sans son concours lui fait peur, la plus petite association libre, quel qu’en soit l’objet, l’importune ; elle ne laisse subsister que celles qu’elles a composées arbitrairement et qu’elle préside. Les grandes compagnies industrielles elles-mêmes lui agréent peu ; en un mot elle n’entend pas que les citoyens s’ingèrent d’une manière quelconque dans l’examen de leur propres affaires ; elle préfère la stérilité à la douceur d’un peu de licence pour les consoler de leur servitude, le gouvernement permet de discuter fort librement toutes sortes de théories générales et abstraites en matière de religion, de philosophie, de morale et même de politique. Il souffre volontiers qu’on attaque les principes fondamentaux sur lesquels reposait jusqu’alors la société et qu’on discute jusqu’à Dieu même, pourvu qu’on ne glose pas sur ses moindres agents.”

Elégant trait d’Alexis de Tocqueville, d’une modernité remarquable, et pourtant oeuvre de la première moitié du 19ème siècle. Cet Alex est décidément un auteur à relire, débarrassé de la contrainte universitaire, et avec le regard neuf du consultant en Politique 2.0. Je gage qu’on y retrouvera quelques perles du genre !

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