Je vais vous raconter l’histoire d’un clébard
Qui, la nuit, silencieux, se dépêtra d’un bar
Sa vie ne fut pas rose, passant de maître en maître
Voulut plus d’une fois à jamais disparaître
Né au fond d’une niche, il en reçut des baffes
C’est pourquoi depuis lors on le surnomme… Paf
Et c’est donc Paf le chien (quoi ? Vous la connaissez ?)
Et c’est donc Paf le chien qui ce soir éméché
Entreprend, courageux, de traverser la rue
Nul passant, nul piéton, nulle auto, nulle grue
Fièrement, langue à terre, il pose la papatte
Sur la chaussée humide où jamais une chatte
N’osa s’aventurer, pensant au toit brûlant
Il se risque pourtant, s’avance lentement
Il ne sent pas l’alcool dont il s’est enivré
Il a pourtant lapé de grands cruchons entiers
Cette erreur est fatale, à gauche il ne voit rien
Surgit une Volvo et soudain : Paf ! le chien.
L’anecdote est fort triste et pourtant, chers amis
Elle arrive souvent aux animaux bien cuits
Tenez, hier soir encore, au sortir d’une boum
Un éléphant bien mûr, au petit nom de Poum
Se risqua, lui aussi, sur la chaussée tueuse
Ainsi Poum l’éléphant, plein de cidre et de gueuse
Entame son avance, passe le caniveau
Il ne voit rien à droite et soudain : Poum ! la Volvo.
Cet excellent spot publicitaire pour le MoMa réveille en moi de vieilles lectures muséographiques, dont je suis heureux de retrouver une épure dans une communication above the line. A l’aube du 21ème siècle, théâtre d’une réalité immédiate où la planète n’est qu’un globe oculaire omniscient (même s’il est sélectif, souvent), le concept de “musée” a-t-il encore un sens ? L’art n’a-t-il pas achevé son émancipation institutionnelle, muséale, maçonnée ?
Et bien non. Ce que nous dit ce spot, c’est qu’aujourd’hui les murs des musées abritent la métaphore calme et sereine de la trépidance imprévisible du dehors. Que chaque pièce est l’autre versant d’une colline, votre monde invisible, votre instantané, votre passeport vers l’infini.
Les musées aimeraient être les églises d’aujourd’hui. Une zone franche, neutre, protectrice, silencieuse, hors du temps et de l’espace, qui offre un regard sur le monde différent et pacifié.
“Ce qui caractérise l’administration, c’est la haine violente que lui inspirent indistinctement tous ceux qui veulent s’occuper d’affaires publiques en dehors d’elle. Le moindre corps indépendant qui semble vouloir se former sans son concours lui fait peur, la plus petite association libre, quel qu’en soit l’objet, l’importune ; elle ne laisse subsister que celles qu’elles a composées arbitrairement et qu’elle préside. Les grandes compagnies industrielles elles-mêmes lui agréent peu ; en un mot elle n’entend pas que les citoyens s’ingèrent d’une manière quelconque dans l’examen de leur propres affaires ; elle préfère la stérilité à la douceur d’un peu de licence pour les consoler de leur servitude, le gouvernement permet de discuter fort librement toutes sortes de théories générales et abstraites en matière de religion, de philosophie, de morale et même de politique. Il souffre volontiers qu’on attaque les principes fondamentaux sur lesquels reposait jusqu’alors la société et qu’on discute jusqu’à Dieu même, pourvu qu’on ne glose pas sur ses moindres agents.”
Elégant trait d’Alexis de Tocqueville, d’une modernité remarquable, et pourtant oeuvre de la première moitié du 19ème siècle. Cet Alex est décidément un auteur à relire, débarrassé de la contrainte universitaire, et avec le regard neuf du consultant en Politique 2.0. Je gage qu’on y retrouvera quelques perles du genre !
Poursuivant dans mon intérêt grandissant pour les bâtisseurs de cathédrales, je referme à l’instant ce petit chef d’œuvre de style et de mysticisme, dissimulant sous une fine intrigue une éblouissante érudition. Extrait (page 109 sq. Editions Folio).
En paraphrasant ce que dit Saint Matthieu (VI-13, 14), “Quand tu pries, ne multiplie pas les vaines paroles, comme les païens”, l’abbé Bernard avait dit, en quelque sorte ; “Quand vous faites prier la pierre, ne la torturez pas, avec le tarabiscot, en de vains ornements, comme les païens. Elle prie par sa matière, elle prie par son volume, elle prie par son poids, elle prie par son orientation et vos vaines images n’y ajoutent rien, au contraire !”
Bien sûr, les vrais sculpteurs n’étaient pas d’accord, car c’était ainsi se moquer des grands maîtres d’Autun et de Cluny. Mais Bernard était de cette eau, et son succès justement venait de sa grande soif de pureté et de rigueur. S’il était suivi par tant de gens, surtout les jeunes, qui prenaient l’habit blanc et se rasaient le crâne, c’était pour cela, par réaction contre la débauche du siècle, et sans doute pour le retour, qu’il préconisait, vers la rudesse primitive.
C’est fort similaire à ce qu’on peut lire sur les sites qui considèrent les systèmes d’exploitation de Microsoft comme une intarrissable source d’humour - sauf que là, ça m’est arrivé. Dieu que je suis content de m’être converti !
L’élection présidentielle de ce mardi 4 novembre aux Etats-Unis n’est pas sans me rappeler avec délectation la 7ème saison de l’excellentissime série The West Wing (A la Maison Blanche), qui raconte la campagne (et la victoire) du député démocrate latino Matthew Santos. Cette saison fut réalisée il y a 4 ans.
Je me suis surpris à la revisionner ces dernières semaines, en suivant la réelle chronologie des faits entre la fiction et la réalité. Amazing!
En 2002, j’écrivais, au sein d’une note pour l’Université de Liège relative à la possibilité de création artistique avec Internet (les facultés étaient muettes sur le sujet à l’époque, sauf au Canada - Laval - ce n’est plus le cas aujourd’hui) :
L’œuvre de net.art, parce qu’elle s’instancie au chargement de la page, est irrémédiablement séparée de son support, elle s’en désolidarise. L’équipement lui-même devient objet interprétant : la transmission sur internet menacerait ainsi l’authenticité, la teneur de l’œuvre. Mais, en se désolidarisant de son support, elle en devient par la même occasion intimement tributaire. Son infinie reproductibilité est également son impossible reproduction, car elle dépend de l’équipement (informatique) qui lui offre son instance, et qui est donc acteur du processus créatif et artiste lui-même. L’enjeu de l’œuvre d’art visuel sur internet pourrait être la recherche d’une nouvelle forme d’expérience avec l’acteur-regardant, de nouvelles relations à l’œuvre ; l’exploration de nouvelles possibilités esthétiques. L’évolution de la technologie, donc de l’acteur-support, altère la nature de l’œuvre. L’œuvre se transforme perpétuellement ; elle présente constamment une forme aussi unique qu’éphémère. C’est la reproduction interactive en temps réel, qui génère une nouvelle forme d’aura.
Bon… ceux qui en ont le courage peuvent lire le texte in extenso ici. Le lecteur y trouvera quelques réflexions sur la création artistique participative grâce aux réseaux, notion qui, depuis un peu moins de deux ans, prend tout son sens et une ampleur insoupçonnée avec les Facebook, LinkedIn et autre Viadeo.
Ceci n’est d’ailleurs pas sans me rappeler l’expérience de l’université De Montfort appelée A Million Penguins, et dont le principe consiste à rédiger en six semaines un roman sur la base d’un wiki, un roman participatif donc. Trrrrès intéressant projet, qui explore à la fois les aspects collaboratifs de l’intelligence collective (on dira “intelligence sociale” maintenant) et la compatibilité de l’égo créatif (un écrivain en l’occurrence) avec ces nouveaux paradigmes.
Si quelqu’un est intéressé par le lancement d’une expérience similaire en français, qu’il n’hésite pas à me contacter !