Quel avenir pour le portail gouvernemental ? - Partie II

Cet article fait suite à l’introduction disponible ici.

L’avenir du portail institutionnel

Dans le cadre de la livraison d’un service public en ligne, la notion de portail public conserve tout son sens, en dépit de tendances qui en modifient légèrement les contours. Nous avons, dans l’article précédent, posé l’hypothèse d’un double mouvement parallèle de concentration des contenus et des accès, et de fragmentation des services. Cette tendance se confirme également par diverses études, explorant de différentes manières l’avenir des services publics en ligne, et notamment les travaux de Gartner (1), dans lesquels nous retrouvons les deux forces centripètes et centrifuges dont nous parlons dans cette introduction.

Plus de canaux

Le cabinet Gartner, à travers deux études, explique que la notion de portail national tendra à s’effriter au profit d’une fragmentation du service. Les citoyens agiront tels des consommateurs d’information et de services au travers d’agrégateurs et de réseaux sociaux. Le rapport mentionne : « The first-stop shop for almost anything on the Internet is a search engine, a personal home page, or a preferred home page that matches the consumer’s needs and interests. This type of home page is likely to be provided‚ not by a government organization, but by an Internet player (such as Google, Yahoo or MSN), a media company (such as CNN or The New York Times), a telecom operator (especially for mobile devices), an investment firm, a parent association or a golf club. » Ces canaux sont ceux qui sont effectivement utilisés actuellement pour trouver les services et contenus qui les intéressent, et Gartner prédit que les citoyens s’attendront, à court ou moyen terme, à y retrouver également des services e-gouvernementaux. Gartner conclut ainsi que les gouvernements devront s’assurer que leur information, services et applications seront accessibles à travers une variété de canaux différents, dont certains peuvent ne pas être directement contrôlés ou détenus par l’état.
Web services : « Consumerisation of Governments »

Gartner identifie le plus haut potentiel pour l’e-gouvernement dans le transfert d’une architecture orientée service vers une architecture orientée Web (Web-oriented Architecture, ou WOA). Par WOA, on entend principalement les Web Services réutilisables et les mashups. Gartner encourage le formatage granulaire de l’information, de façon à la rendre mashable et réutilisable par des tiers. Le rapport indique également que les données devraient être accessibles à des entités non-gouvernementales (Open Data).
Les mashups, REST et les autres technologies Web Services (ce que Gartner appelle le « Midoffice ») sont très appropriés pour l’e-gouvernement, en réponse à la granularisation des services et l’effacement progressif des points de contacts uniques. On pourrait appeler cette tendance « Consumerisation of Governments ».

Epuration fonctionnelle des portails

Nous avons conçu une série de grands principes directeurs (drivers) qui président à une tentative de définition des portails du futur. Pour les présenter, nous partons des fonctions principales qu’ils seront amenés à remplir.

Fonction #1 : faciliter l’accès et orienter (fonction dite « Gateway ») – Une des principales fonctions de base du portail public du futur consistera à fournir l’accès le plus rapide, le plus facile et le plus cohérent au contenu ou à l’application pertinente pour le visiteur. C’est ce que nous appelons la fonction « Gateway », que le portail usa.gov remplit déjà partiellement. Afin de remplir ce rôle, différents moyens seront déployés, dont le plus intéressant sera sans doute la personnalisation des interfaces par et pour le citoyen. Une des façons de rendre le gouvernement plus accessible et plus transparent est de s’assurer que le contenu est pertinent pour tous et chacun. Adapter les interfaces à ses besoins et profil (contenu, langue, applications, informations locales, etc) est plus efficace que naviguer à travers un tissu de liens Web à la taxonomie commune. Dans le même ordre d’idée, le moteur de recherche, aux algorithmes avancés, sera placé au centre des interfaces graphiques, comme la clé principale d’accès au contenu.

Fonction #2 : dispenser l’information officielle de base – La compilation, puis l’entretien de tous les contenus officiels au sein d’un portail central constituent un effort gigantesque. Par ailleurs, une grande majorité des contenus sont redondants avec l’information dispensée par les sites spécifiques (ministères, agences, services, etc). Le portail national aura pour fonction de dispenser l’information officielle de base, le tronc commun, celle qui ne se retrouve pas ailleurs, ou pas sous cette forme, qui est au-dessus des entités, ou qui les traverse (et outre le contenu statique, certaines applications propres à l’état central seront également prises en charge). Les technologies Web actuelles facilitant la portabilité des contenus (RSS, XML, mashups, widgets, etc) seront utilisées pour importer le contenu spécifique ainsi que toutes ses mises à jours ultérieures.

Fonction #3 : importer automatiquement les contenus spécifiques – Le portail du futur, s’il choisit de dispenser en son sein une information complète, ne prendra pas la responsabilité de la compiler et l’entretenir ; tous les contenus spécifiques (autres que le tronc commun) et leurs mises à jour (effectuées par les services concernés) seront importés automatiquement au sein du portail central. Une autre option consistera à ne proposer que des liens vers les sites en question, comme cela se fait déjà sur plusieurs portails étudiés.

Fonction #4 : importer automatiquement les applications spécifiques – Le portail public central ne prendra pas la responsabilité du développement, de l’infrastructure et du support des applications e-gov et des services en ligne. Cependant, il les importera au sein de son interface, en en centralisant l’accès et en les formatant de façon cohérente. Les applicatifs eux-mêmes seront hébergés au sein des infrastructures « locales », et importées, c’est-à-dire reproduites, en miroir, sur le portail central. Les applications seront également accessibles à partir des sites locaux (sans bénéficier des avantages du portail, comme le single sign-on, le style commun et l’accès centralisé). Une nécessaire instauration de standards technologiques et de lignes de conduite devra être mise sur pied afin de permettre l’interconnexion entre les applications et la flexibilité des imports, même si les évolutions techniques du Web autoriseront de plus en plus la jointure de formats hétérogènes. Dans la foulée, les domaines séparés (my.portal, my.belgium.be, Mon Service Public.xx) vont disparaître au profit de l’adresse URL centrale (wallonie.be). En d’autres termes, la frontière entre les fonctions de propriété (OWN) et de partage (SHARE) va se flouter de plus en plus pour finir par disparaître complètement, grâce à la transparence offerte par les évolutions de la technologie Web.

Fonction #5 : centraliser les accès sécurisés (Single Sign-On) – Grand avantage du portail du futur, le single sign-on permettra à l’utilisateur de s’identifier une fois par accéder à tous les services en ligne et à toutes les applications. Ceux-ci seront toujours accessibles à partir des sites locaux, mais y requerront une identification spécifique ou, plus probable, un login à partir du portail central, ce qui précipitera le désintérêt d’une connexion locale. En d’autres termes, le portail ne gérera pas les applications, diversifiées et éparpillées, mais offrira un accès commun à l’ensemble d’entre elles.

Fonction #6 : instaurer une cohérence visuelle et ergonomique – Réceptacle des contenus et applications distantes, le portail leur affectera une couche stylistique propre et commune, disposant une couche de cohérence globale sur des éléments disparates et éventuellement anarchiques en termes de graphisme, de style ou de taxonomie.

Fonction #7 : assurer la visibilité du service public – La fonction de communication et de promotion incombera également au portail central. A l’instar de ce que prend aujourd’hui en charge le portail usa.gov, le portail national du futur se chargera du marketing de l’e-service public en général : optimisation pour moteur de recherche (SEO), investissement des médias sociaux, promotion des contenus et des applications (content sharing, portabilité, RSS, widget, etc). Sa fonction de centralisation « virtuelle » d’éléments distants lui confèrera également la responsabilité d’une promotion centralisée.
Le schéma ci-dessous tente de reproduire la simplicité du modèle.

Centralisation des contenus et des accès
Le marché des portails Web est un marché de standards, dont les plus répandus sont les Java Portlet Specifications JSR 168 et sa version 2.0 JSR 286, ainsi que le WSRP 2.0 (Web Services for Remote Portals 2.0, actuellement en cours de spécification), qui régularisent l’import et le traitement de contenus et applications distants au sein de l’interface. Il s’agit alors de Portlets (ou WebParts chez Microsoft). L’évolution technologique affectée à ces standards confèrent au portail un vrai statut d’agrégateur de contenus et applications distantes, en permettant de les concentrer en un endroit centralisé et personnalisable.
Au niveau des accès, l’exemple d’OpenID est assez révélateur de la tendance.  Il s’agit d’un système d’authentification décentralisé qui permet l’authentification unique, ainsi que le partage d’attributs. Il permet à un utilisateur de s’authentifier auprès de plusieurs sites sans avoir à retenir un identifiant pour chacun d’eux mais en utilisant à chaque fois un unique identifiant. Même si l’adoption est encore lente, la volonté du marché d’en adopter le principe est claire : en janvier 2008, Yahoo a adopté ce standard pour ses 250 millions d’utilisateurs. En juillet 2008, c’est au tour de MySpace. En décembre 2008, c’est Dailymotion. En mai 2009, c’est Facebook. En outre, la Fondation OpenID a accueilli IBM, Microsoft et Google au sein de son conseil d’administration. Cette tendance illustre la standardisation croissante des accès à des interfaces multiples, et la volonté de réduire les points de contrôle en se basant sur un réseau d’acteurs de confiance. Cette approche est en phase avec la structure globale formulée dans notre hypothèse : les sites d’e-gouvernement spécifiques et décentralisés, s’ils déploient des contenus et applications eux-mêmes de façon autonome, bénéficie cependant de la confiance du portail public qui les chapeaute, et permettent à ses utilisateurs d’y accéder au départ de celui-ci.

Distribution des services

L’explosion du Web 2.0 est également un facteur de dynamisation du marché. Presque toutes les solutions en adoptent les principes de prise de contrôle de l’utilisateur final, de flexibilité de création, gestion et partage de l’information. En les important dans le produit, le portail est le cheval de Troie qui permet d’importer les principes 2.0 au sein des organisations. En parallèle, l’adoption d’initiatives BPM (Business Process Management) et SOA (Service-Oriented Architecture) favorisent l’utilisation du portail, véhicule idéal de ces concepts vers les utilisateurs finaux.

Tous les acteurs du marché du portail, à l’exception de SAP, ont déjà intégré dans leurs solutions des fonctionnalités dites 2.0, favorisant l’ouverture des frontières, la portabilité des données et la connexion interface entre différents outils. Toujours selon les prédictions de Forrester, les organisations vont adopter massivement le Web 2.0 au travers d’interfaces SaaS (Software as a Service), régénérant la notion de portail Web autour des notions de collaboration (wiki), de conversation (blog, réseau social), et d’ouverture des données (RSS, mashup). Le cabinet prédit également que les flux RSS vont prendre de plus en plus d’ampleur, favorisant ainsi la portabilité des contenus, voire des données issues d’applications transactionnelles. Dans le même ordre d’idée, les mashups vont, selon Forrester, s’améliorer et s’élargir pour offrir une véritable valeur ajoutée.

Selon Oracle, « Today, enterprise portals have moved beyond simple integration frameworks to embrace the user in a way no other enterprise application has done before. Instead of just presenting information, modern portal technology allows end-users to be part of information creation and sharing. In the future, it is likely that that the IT and business climate will change again as the next hot technology or approach hits the market. While it is difficult to predict what that will be, it is easy to predict that portals will be there and likely be the first to adapt, evolve, and utilize that new approach to push companies forward. »

(1) - The E-Government Hype Cycle Meets Web 2.0, Andrea Di Maio, Gartner, 2 October 2007, et Government and Web 2.0 : The Emerging Midoffice, Gartner, Andrea Di Maio, 26 September 2007.

Quel avenir pour le portail gouvernemental ?

Au cours des missions de consultance “e-gouvernement” que j’ai eu la chance de mener depuis plusieurs années, au sein d’Early Stage puis de K Company, nous avons petit à petit forgé quelques théories sur l’avenir théorique de la notion de “portail web” institutionnel ou gouvernemental. Analysons un peu cela… et commençons par les constats. Dans un post à venir, j’analyserai les tendances émergentes, et dans un troisième, ma vision “fonctionnelle” du portail gouvernemental du futur.

Nous commençons par énoncer l’hypothèse que la notion de portail public centralisé reste l’option la plus appropriée dans la livraison d’un service public en ligne, et que ce portail va évoluer vers un modèle reposant sur deux forces parallèles et apparemment opposées :

/// Une force centrifuge, tendant vers la granularisation et la distribution multi-canale des services (fragmentation de la livraison du service, portabilité des données et des applications), et :

/// Une force centripète, tendant vers la concentration des contenus officiels communs (données et applications) et des points d’accès, accompagné d’une cohérence stylistique.

L’analyse de nombreux portails institutionnels en Europe et dans le monde révèle quelques tendances actuelles de fond, résumées en quelques points ci-dessous.

Une fonction vertébrale d’orientation – La plupart des portails institutionnels répondent à la fonction primaire d’orientation du visiteur vers le contenu ou l’application qu’il cherche. De nombreuses fonctionnalités sont déployées pour faire de cette fonction un modèle du genre : moteurs de recherche sémantique, thématiques ou faceted, métadonnées, répertoire de liens, etc. Au-delà de cet objectif principal, qui a lui seul justifie l’existence d’un portail (voir usa.gov), le degré de complétude et de complexité dépend de choix stratégiques gouvernementaux : plusieurs positionnements sont en effet possibles au-delà de la fonction carrefour : s’y limiter, incorporer du contenu propre, incorporer l’ensemble du contenu officiel, reléguer les contenus aux entités concernées, etc.

La quête de la simplicité – Tous les portails publics étudiés sont dans un processus de simplification. Réduire l’accès au gouvernement en ligne par la petite porte d’un portail centralisé est d’une complexité infinie. C’est un peu comme vouloir tasser le contenu d’un semi-remorque dans le coffre d’une voiture citadine. En réaction, les portails recherchent un ordonnancement propre à inspirer un sentiment de simplicité – même s’il s’agit en fait d’une gageure – et certains vont même jusqu’à l’affirmer en crédo :

La difficulté du guichet unique – La plupart des pays étudiés (à l’exception des Pays-Bas) a renoncé à vouloir concentrer, au sein d’un seul et même portail, l’intégralité des services publics en ligne. Bien que certains restes de cette volonté de concentration soient encore accessibles (Mon Service Public.fr par exemple), la tendance générale est de contourner cette difficulté en la substituant par des liens plus ou moins intelligents entre le portail central et les services distribués. Le bouillonnement des initiatives publiques en matière d’e-gouvernement, dans des pays vastes ou au profil administratif complexe (comme la Belgique), rend extrêmement complexe une telle concentration. Le rôle d’un portail national semble ainsi tendre vers la facilitation d’un accès cohérent et homogène à des fonctionnalités transactionnelles éparpillées et hétérogènes.

Trois niveaux de distribution – Résultat du contournement de la complexité de concentration, les services transactionnels en ligne sont généralement concentrés derrière une interface dédiée (my.xx). Ceci nous amène à représenter la structure globale actuelle dans un tableau à trois entrées :

Ce schéma illustre la structure générale actuelle des portails publics : ils opèrent généralement (il existe des exceptions) une distinction très nette entre la propriété et le partage, et la frontière est physiquement marquée par les noms de domaines (portal.xx et my.portal.xx, voire portal.xx et autrechose.xx). Quant au Cloud et la présence dans les médias sociaux, il s’agit encore d’initiatives embryonnaires ; c’est pourtant là que se cristalliseront les paradigmes conversationnels, au cœur même des interfaces qu’affectionne le quotidien des gens. Nous verrons plus loin que, si la distinction entre propriété et partage est parfaitement sensée, les évolutions et tendances actuelles du Web autorisent une porosité des frontières entre les plateformes, au profit d’une plus grande cohérence.

Participation citoyenne limitée – Les initiatives qualifiées de 2.0 restent limitées. Au-delà des fonctionnalités inoffensives (partage de contenu, commentaires, etc), la véritable fonction de Démocratie Participative n’est guère présente. On en est d’ailleurs assez loin. Les rares initiatives publiques allant dans ce sens se sont soldées par des échecs cuisants. Lorsqu’elle fonctionnent ou simplement survivent, elles sont issues de la société civile. Il semble donc important de ne pas surestimer le paradigme conversationnel et la composante participative dans l’analyse e-gov 2.0, à la fois par la capacité des gouvernements à en maîtriser les impacts et par la réceptivité du citoyen à de telles ouvertures. Cependant, un des aspects semble se démarquer : la démocratisation des données. Parce qu’elle ne requière pas d’interaction directe avec le citoyen, la démarche d’ouvrir les bases de données publiques aux initiatives citoyennes (principalement sous forme de mashup) est assez répandue (surtout aux Etats-Unis) et, avec les centaines d’initiatives relevées sur le Web, est promise à un bel avenir. Ceci confirme que l’Open Data est la condition principale et exclusive d’une avancée vers l’e-gouvernance 2.0.
Nous retrouvons, au sein de ces quelques tendances, la double force évoquée en introduction : le mouvement centrifuge de fragmentation du service (difficulté du guichet unique, trois niveaux de distribution) et le mouvement centripète de concentration des contenus et des accès (fonction vertébrale d’orientation, quête de la simplicité).

A dans quelques jours pour la suite :-)

Huit réflexions sur les réseaux sociaux en ligne

(à l’intention de ceux qui envisagent de s’y implanter)

1. La pertinence d’une présence sur les réseaux sociaux en ligne est la première question à laquelle il faut répondre. Détrompez-vous, ce n’est pas si évident qu’on pourrait le penser – et méfiez-vous des gurus contemplateurs qui vont martèlent qu’il est in-dis-pen-sa-ble, de nos jours, de s’en passer.  Une “présence” sur les réseaux sociaux en ligne n’est pas comparable à une campagne de communication classique. D’ailleurs, le terme “présence” connote une certaine passivité, incompatible avec la dynamique interactionnelle qu’ils requièrent.  Au contraire, elle exige l’adoption d’une action, d’un comportement, d’une histoire. Il importe donc de s’assurer que cette décision soit inscrite dans le cadre d’une stratégie d’entreprise.

2. Une fois la décision prise (pour de bonnes raisons) d’être présent sur les réseaux sociaux, il s’agit de s’assurer que celle-ci soit optimale et professionnelle. Cela peut paraître évident mais on constate une tendance généralisée à l’amateurisation du processus, comme si les réseaux sociaux offraient une immunité qualitative et permettaient n’importe quoi. Que nenni ! votre “présence sociale” va forcément formater la personnalité de votre entreprise, forger une attitude, et celle-ci doit être en ligne avec son activité et ses valeurs. On parle ici de gestion de réputation (online reputation management) qui, loin d’être un concept à la mode, recouvre des enjeux importants et tangibles. Il faut réfléchir à son style, son tone of voice, aux frontières que l’on veut tracer en termes de familiarité, etc. Publier son lip dup d’entreprise ou un frétillant moonwalk est parfaitement adéquat pour une agence de communication, beaucoup moins pour un cabinet d’experts en optimisation fiscale (et à nouveau, méfiez-vous des gurus contemplateurs qui vont affirmeront le contraire).

3. Ensuite arrive le travail de configuration de sa présence. Il s’agit de confectionner l’écosystème dans lequel on va se déployer. Concrètement, il faut sélectionner les plateformes sociales avec soin, ne pas avoir peur de renoncer à certaines, faire des choix nécessaires : oui, oui, il est autorisé de décider de ne pas ouvrir de compte Twitter (si, si) et de ne pas créer de page Facebook, s’ils ne sont pas compatibles avec l’activité, la stratégie ou la personnalité de l’entreprise – ou si la valeur ajoutée n’est pas immédiatement perceptible (auquel cas l’effort ne vaudra pas le retour). Nous sommes ici dans le même ordre d’idée que le point 1.  Un exemple de configuration : une chaîne YouTube + une page d’entreprise sur LinkedIn + un blog de CEO + un compte Twitter pour le recrutement. Un autre : une galerie Flickr + un compte Slideshare, les deux rapatriés sur un blog collectif des salariés.

4. Nous parlons d’écosystème car les différentes plateformes sont évidemment interconnectables. Exploitons à fond les facilités permises par le Web 2.0, qui se propage à grands coups d’API, de widgets, de RSS et autres formats ouverts. Créer des liens entre les plateformes génère un tissu écosystémique qui automatise les mises à jour et optimise le référencement sur Google. Par exemple, importez vos photos Flickr sur votre page Facebook, vos présentations SlideShare sur LinkedIn, votre flux Twitter sur le blog, dont les posts sont repris sur Facebook (et on boucle la boucle).

5. Ne sous-estimez pas la charge de maintenance. Même si beaucoup de choses se mettront à jour automatiquement, il faudra toujours injecter du contenu intelligent à partir de quelque part pour qu’il se propage. Si ouvrir un compte YouTube est facile et rapide (quelques secondes), créer du contenu fréquent et intelligent pour l’y diffuser est, par contre, difficile et lent. Il faut mettre sur pied une chaîne de responsabilité, comme dans le bon vieux temps : un responsable, des opérants, des supports, etc – et dans une configuration réfléchie : une seule personne ? le CEO charismatique ? son assistante ? le département marketing ? l’ensemble des employés ?  Afin d’éviter l’anarchie ou le vide absolu, pensez à constituer cette chaîne avant toute chose.

6. À propos de blogs, il est essentiel de déterminer à l’avance s’il s’agit du blog personnel du patron (qu’il soit charismatique ou non, le blog à cet avantage particulier de transformer le petit chef timoré en jovial leader) ou de celui des employés. Il s’agit également d’éviter de faire de votre blog la version “cool” du module de news de la page d’accueil de votre site Web corporate : sur un blog, ce sont des gens qui parlent, et qui produisent donc une majorité de contenu neuf.

7. Les expressions customer engagement, ère conversationnelle, consommacteur (j’en passe et des meilleures) semblent être les nouvelles évangiles du marketeer interactif.  Alors oui : s’ouvrir au dialogue, interagir avec son audience, c’est très bien. Mais à nouveau, il ne faut pas tomber dans la contemplation béate. Il est naturellement impossible de nouer un dialogue one-to-one avec l’ensemble de votre clientèle (faites le calcul, juste pour rire,  avec les 1 500 000 clients ADSL de Belgacom, nécessitant chacun une interaction de deux minutes , et bien il faudrait 28 années/homme). Et si vous interagissez avec une cinquantaine d’entre eux (soit 0,00003%), pourrez-vous affirmer sans sourire que vous pratiquez la conversation ?

8. Dans le même ordre d’idées, il ne faut pas surestimer l’impact (et le reach) de votre présence sociale. A priori, le réseau social permet un phénomène d’amplification du message diffusé au sein de votre propre réseau. Mais encore faut-il développer ce dernier. Plus votre premier cercle sera important, plus l’amplification sera conséquente. Or, constituer ce premier cercle mobilise des exigences et des expertises finalement assez identiques à ce qui se fait hors de ces réseaux sociaux, (vous savez ? dans la vie réelle).

2 nouvelles conférences au programme

L’évangélisation de l’Entreprise 2.0, entamée en Belgique par Early Stage (tiens, avez-vous visité son nouveau site Web et son blog ?) il y a presque une année, poursuit bel et bien son sacerdoce avec la même conviction qu’aux premières heures. Pour preuve : deux nouvelles conférences auxquelles j’aurai l’honneur de “keynoter” comme on dit en naméricain.

La première, c’est ce jeudi 24 septembre, au SPF Economie, pour le compte de l’Association Belge de Documentation. Je vais y parler, avec Serge, des Principes, méthodes et outils 2.0 pour entreprises et institutions, soit une présentation synthétique des principes, méthodes et outils 2.0 pour entreprises et institutions, y compris les points relatifs aux changements humains qu’ils induisent. C’est l’après-midi, c’est 20 € pour les non-membres de l’ABD, et l’inscription se fait ici.

La seconde, c’est le lendemain, le vendredi 25 septembre, au Microsoft Innovation Center de Mons, pour le compte de Technocité, qui tourne, avec son Digital Innovators Tour, un peu partout en Wallonie dans un but similaire d’évangélisation technologique. Cette fois-ci, je vais y présenter une toute nouvelle plateforme Web 2.0 produite par Early Stage : Agorati.

Agorati est un portail Web 2.0 dont la fonction est d’agréger le flux RSS des blogs des politiques belges (élus et candidats) au sein d’une interface commune. Le site permet de consulter rapidement et simplement l’ensemble du discours politique belge, actuellement disséminé dans les centaines de blogs. Le portail permet de personnaliser l’affichage en fonction des politiques, des partis, des régions, des communes et des langues, mais aussi des thématiques d’actualité, de façon entièrement automatisée. Le portail permet également la participation citoyenne, par l’ajout de commentaires sur chaque article, et permet au visiteur de poser une question à plusieurs politiques en même temps, à partir d’une interface unique. Il s’agit apparemment du premier portail de ce type en Europe. Le lancement est prévu pour le 25 septembre. Si vous voulez être les premiers à découvrir l’interface en exclu, venez nous rendre visite à Mons ce jour-là (voir le programme et le formulaire d’inscription), ou bien suivez Agorati sur Twitter.

Waouw ! Que de jours excitants en perspective !

Politique 2.0 en Belgique : encore du chemin, madame !

Le colloque “Politique 2.0″ organisé au Moulin de Beez le 6 mars dernier par Technocité, et auquel j’ai eu la chance de participer en tant que paneliste, a démontré, une fois encore, le fossé substantiel qui subsiste entre la bonne volonté et l’action, entre le politique et l’expert Web, entre l’intention électoraliste et la véritable conversation. Voici le reportage, en deux parties, qu’en fit la RTBF, qui a couvert l’événement par le biais de l’émission Intermedias.

Une interview par Entreprise Globale

Il y a quelques jours, j’ai eu le plaisir d’être interviewé par Jean-Yves Huwart (Entreprise Globale) au sujet des concepts globaux de l’Entreprise 2.0 (et sans anglicismes, sans néolokismes, sans jargon, s’il vous plait :-).

Trois autres vidéos, et l’article associé, sont disponibles sur le site Entreprise Globale.

L’Entreprise 2.0 en Belgique

La semaine passée, Early Stage a organisé son premier Expert Seminar sur l’Entreprise 2.0 dans les locaux de l’ULB. Nous y avons invité Ben Caudron, qui a exploré pour nous les relations entre le Web 2.0 et l’Entreprise 2.0, avant de nous rendre la parole pour une présentation générique des concepts (les liens faibles, Slates, Flatnesses, 4C, etc). Enfin, Jean-Marc Bellot, Vice President International Distribution de blueKiwi Software, nous a offert une démo narrative de l’excellent produit blueKiwi - blueKiwi, dont Early Stage est désormais Certified Partner.

Un webcast sera bientôt disponible - en attendant, vous pouvez toujours parcourir les slides de notre présentation - qui, sans support oral, resteront relativement hermétiques, j’en conviens :-).

Démocratie participative : la promesse d’Obama

Early Stage entame actuellement une étude stratégique pour le gouvernement belge autour de l’e-gouvernement 2.0 dans le cadre des versions ultérieures du portail fédéral belgium.be. Dans le contexte des recherches que nous menons pour la mener à bien, nous nous intéressons évidemment aux orientations prises sur ce sujet par le Président-élu des Etats-Unis, Barack Obama, lors de sa campagne, et surtout à la façon dont il va convertir en programme politique l’énorme engouement qu’il a généré avant son élection, en exploitant de façon quasi-parfaites les potentialités nouvelles du Web et particulièrement des notions de réseautage social.

Obama présente, dans la vidéo ci-dessous, son programme Technologie, Innovation et Démocratie.Il y explique son ambition de créer une démocratie ouverte et participative, qui préfigurent ce que nous serons en droit d’attendre sur le vieux continent dans un avenir proche (principalement à partir de la quarante-septième seconde).

Enterprise20.be : référence et cohérence

Ce lundi 5 janvier, nous avons, au sein de Early Stage, lancé le site www.enterprise20.be complétement consacré (qui l’eut cru ?) au concept de l’Entreprise 2.0, notion encore assez vague auprès du public professionnel en dépit des réalités très concrètes qu’elle recouvre.

Nous avons, pour ce site Web, opté pour quelques partis-pris, dans un objectif de cohérence globale :

1/
L’estampille “2.0″, inspirant l’ouverture et la disponibilité d’un contenu ouvert, très Creative Commons, est reflétée sur le site par l’importation automatique d’un contenu existant ailleurs, syndiqué et compilé : outre le contenu propriétaire (principalement textuel), nous importons une vingtaine de vidéos de YouTube, de blog posts via flux RSS, des listes d’articles, de sites, de livres blancs et d’éditeurs importés de notre compte Delicious par flux RSS personnalisés.

2 /
Poussant le concept le plus loin possible, nous expérimentons ainsi la technique du CMS décentralisé ; le site Web est parfaitement statique (en HTML “hard-codé” comme on dirait en agence), il se contente d’intégrer automatiquement les flux de données issus de la présence d’Early Stage ailleurs sur le Web (YouTube, DailyMotion, Slideshare, Delicious, Netvibes, etc). Le site se met ainsi à jour lui-même sans avoir installé le moindre CMS : en enrichissant nos comptes ailleurs, le site centralise et reformate le contenu autour d’un style et d’un discours cohérent.

3 /
Par ailleurs, le site lui-même assume la perméabilité de ses frontières en encourageant le renvoi vers d’autres plateformes afin de participer à la conversation ou d’en apprendre davantage : nous incitons les visiteurs à discuter des mythes liés à l’Entreprise 2.0 sur notre page Facebook, nous leur proposons de se rendre sur notre Delicious pour découvrir les listes de liens complètes, et nous listons tous les endroits où, sur le Web, nous développons une présence liée à ce sujet.

    D’autres développements sont également envisageables, basés sur le même principe de syndication de contenu externe, publié par le biais de plateformes ou d’outils ouverts, flexibles, gratuits, “2.0″, et rapatrié, grâce aux flux RSS et à XML en général, au sein d’un site nom-de-domainisé, qui décidément semble progressivement devenir, dans des cas similaires au nôtre, le dernier bastion où il conserve encore un sens.

    Ce faisant, nous tentons d’exploiter les potentialités offertes par un Web ouvert et universellement compatibe (qui se plateformise et se mue en service, comme l’évangélise le Web 2.0) au service d’un objectif de communication professionnelle dont le sujet même impose que nous agissions ainsi dans un souci de cohérence.

    Et au final, outre le temps que nous y avons passé, ce site aura coûté 120 €.

    Une brève histoire de You Tube

    Une création d’un des étudiants du célébrissime professeur d’ethnographie digitale Michaël Wesch, résumant l’histoire de You Tube en quelques minutes - suffisamment pour vous convaincre, si vous en doutiez encore, que ce site, comme plusieurs autres similaires, constituent davantage qu’un gigantesque succès commercial : ils sont les symptômes des comportements humains fondamentaux en profonde mutation. Dans la foulée de l’intervention d’anthologie de Wesch au Congrès américain.