Comment j’utilise Evernote pour la création d’un livre

Evernote et moiDeux de mes passions convergent dans cet article : l’écriture et la productivité assistée par le web, autrement dit l’usage intelligent d’outils appropriés pour se simplifier la vie et accélérer drastiquement des tâches quotidiennes.

J’utilise Evernote dès que j’entame le travail titanesque exigé par la création d’un livre (je préfère “création” à “rédaction”, car la phase la plus longue reste la génération de l’idée, la préparation, la planification, la recherche, la créativité stylistique – l’écriture proprement dite étant, chez moi comme chez d’autres, l’ultime étape d’un parcours itératif). The Herman Show fut forgé à l’aide d’Evernote, et les deux ouvrages en cours n’échappent pas à la répétition de cette première expérience concluante.

L’auteur en devenir, lorsqu’il envisage l’écriture aujourd’hui, intègre peu, je pense, l’outillage dont il pourra se servir pour faciliter son travail, ouvrant certainement Microsoft Word par réflexe, comme le pendant numérique du bon vieux carnet. C’est là déjà un acte louable de plonger dans telle aventure, et mes propos ne se veulent nullement prosélytes ; or, si l’outil – le crayon – ne remplacera jamais l’oeuvre d’un cerveau et la qualité d’un style, et si on constate que les livres, de nos jours, voient le jour par l’entremise d’un clavier et d’un écran, alors autant utiliser les outils les plus efficaces dans cette belle entreprise.

Evernote est à la fois un traitement de texte, un carnet de notes, un espace de stockage dans le nuage, un fourre-tout numérique et un compagnon de route, qui parvient à lier le physique au virtuel de façon naturelle, et dont la flexibilité et l’ouverture vers le monde sont telles qu’il parvient, de par son usage, à inciter l’auteur à poursuivre, repousse la procrastination et accompagne subtilement le processus d’écriture, à plus forte raison si on l’utilise pour d’autres pans de sa vie, comme le boulot ou le loisir (car en ouvrant l’application, un coup d’oeil vous ramène à l’ouvrage).

Ainsi, comment peut-on optimiser Evernote pour la création d’un livre ? Il doit exister autant de configurations qu’il existe d’auteurs, et je vous livre ici la mienne, n’espérant que convaincre de l’intérêt d’une telle démarche car, ma foi, une fois convaincu, chacun personnalisera son environnement comme il l’entend.

Je crée d’abord un nouveau carnet de notes intitulé “Mon (prochain) livre”. J’ai mis “prochain” entre parenthèses car pour The Herman Show, j’avais intitulé le carnet “Mon livre”, puisqu’il était le premier et que le point final était pour moi si loin qu’il m’apparaissait illusoire d’en envisager un second. J’utilise l’expression “Mon prochain livre” indépendamment de son sujet, et surtout je m’abstiens à en imaginer un titre, car c’est bien là la dernière chose que l’on doit faire. Le titre arrive après le point final, quand il n’est pas imposé par l’éditeur. Et dans tous les cas, il changera mille fois au cours du processus créatif. Lorsque plusieurs ouvrages sont en construction, comme c’est le cas actuellement, j’intitule les carnets en fonction de l’objectif : “Mon prochain livre (fiction)” et “Mon prochain livre (essai)”.

Ne rien écrire. Comme évoqué plus haut, la première ligne de (tentative d’)'art littéraire n’arrive, chez moi, qu’à 90% du processus de création. Avant, tout est plan, recherche, créativité, notes. Personnellement, je ne peux me concentrer sur la Vraie Phrase (j’aime cette expression sacrale, car elle connote le fait qu’elle incarne l’Expression Finale, celle qui sera reçue par le Lecteur – or, que de sueur avant !) qu’après avoir pondu un “résumé circonstancié”, oxymore étrange qui pourtant prend tout son sens car il n’est détaillé qu’au niveau du fond, alignant les faits et sujets photographiquement, sans souci d’un quelconque artifice littéraire – et il totalisa, pour le premier opus, une quarantaine de pages. La forme, exercice jouissif, c’est la récompense qui suit – sinon, vous produirez une élégante merde. C’est d’ailleurs dans cet exercice préparatoire qu’Evernote est le plus utile. Par ailleurs, une grande part du processus de génération se fait hors informatique. J’aime griffonner des Moleskine lors des phases initiales : l’idée, et la structure générale. Je recommande pour cela l”excellent ouvrage “L’anatomie du scénario“, qui aide à ne pas s’engager dans des impasses créatives que tout auteur débutant emprunte (moi compris). Une fois que votre carnet a produit ses effets, que vous avez une structure établie (la succession des sections – mot que je préfère à “chapitre” car celui-ci imprime une structuration un peu trop classique à mon goût), alors vous entrez dans l’evernotisation du projet.

Je crée ensuite deux notes par section. Une que j’intitule “1 gogogo” (gogogo x) ou, si le processus créatif est suffisamment avancé, agrémenté d’une expression résumante (“1 gogogo – Introduction”, “2 gogogo – Conflit originel”, etc).  Et une autre que je numérote pareillement et précédée de “-notes”, soit par exemple : “1 notes – Introduction”. La première est consacrée à recevoir l’art et le style, les premiers jets et les versions successives de l’écriture, tandis que la seconde est le réceptacle de toutes les notes, réflexions, questions, documentation et idées liée à la section. Autant avouer que la seconde est utilisée bien avant la première, et pour l’un des ouvrages en cours, les premières ne sont d’ailleurs pas encore créées.

Recherche et tagging. Dans le processus de recherche (sur le Web ou dans la vraie vie), j’envoie dans le carnet de note toute trouvaille qui me sera utile : un “clip” d’un site, une photo prise avec le téléphone par l’application mobile d’Evernote, etc. Je titre ces envois en utilisant une syntaxe spécifique qui me permet de trier et isoler rapidement les notes par une simple recherche dans Evernote ensuite. Ainsi, si un article sur le Web intéresse ma section 3, je “clippe” l’extrait visé avec l’extension Chrome, et je l’intitule “[3] – titre du clip” (généré automatiquement par l’application). Si je prends une photo qui aidera mon travail, je l’envoie en note dans le carnet en l’intitulant de la même façon (et en la titrant ici moi-même). Si une idée me vient dans ma voiture bloquée par les embouteillages, l’application Evernote de mon téléphone me permet de la transcrire directement dans le carnet, ou de la dicter au dictaphone intégré, qui génère une note audio pareillement identifiée. Votre carnet va ainsi se gonfler d’une multitude d’éléments de recherche, que vous pouvez isoler en un clic en tapant “[” dans le moteur de recherche.

Ecrire. L’ouvrage s’écrit ensuite selon la méthode propre à chacun. J’écris peu de versions successives des mêmes passages, préférant ciseler le texte longtemps mais définitivement. D’autres préfèrent écrire rapidement un premier jet, puis revenir dessus régulièrement jusqu’à l’épure qui les satisfasse. Chacun son mode opératoire – mais on écrit dans Evernote, directement. La granularisation des sections en notes distinctes permet une manipulation plus rapide et plus aisée qu’un fichier Word unique et longuissime.

Isoler le texte. J’ai utilisé le mot “gogogo” dans les intitulés des notes destinées à recevoir l’étape finale de rédaction, car c’est un mot qui a assez peu de chances de se retrouver dans mes notes ou dans mes textes, et donc qui permet d’isoler facilement les notes exclusivement dédiées à l’écriture finale, et donc d’exporter le texte achevé sans recourir à un copier-coller fastidieux. On peut tout aussi bien créer deux carnets de notes, l’un dédié à l’écriture, et l’autre à la recherche, pour simplifier l’encodage, mais je trouve assez fastidieux, surtout sur les applications Evernote sur tablette ou téléphone, de passer d’un carnet à l’autre.

Trois autres avantages.

  1. Evernote permet de partager ses notes ; si vous désirez obtenir du feedback privé d’un cercle restreint de lecteurs, c’est un moyen efficace (au-delà du blog, qui est public même si souvent confidentiel).
  2. Evernote est partagé et synchronisé entre tous vos appareils (téléphone, tablette, ordinateurs), vous retrouvez vos notes et vos textes partout.
  3. Les fonctions de mise en page d’Evernote sont flexibles et basiques, et donc on ne perd pas de temps à fignoler une mise en page dans Word (arme de procrastination absolue).

Evernote est un outil merveilleux. Il en existe d’autres, mais tous ceux que j’ai essayé m’ont abandonné par désintérêt pour mon travail. Ne succombez surtout pas à l’acquisition de logiciels magiques qui vous promettront davantage qu’un support à votre talent. Aucune machine ne peut faire ça. Evernote, lui, est loyal et fidèle, léger, gratuit, omniprésent, et modeste – un compagnon idéal, qui n’a pas la prétention de vous inspirer un excès de confiance en vous : la création d’un livre reste un accouchement long et douloureux, même s’il délivre, durant le processus comme à son issue, un plaisir inégalé.

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