La Tirade du Bide

(librement inspirée de celle du nez – Cyrano de Bergerac, E. Rostand, 1897)

—– Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire… Oh ! Dieu ! … bien des choses en somme…
En variant le ton, – par exemple, et rapide :
Agressif : “Moi, monsieur, si j’avais un tel bide,
Il faudrait sur-le-champ que je le dégraissasse ! ”
Amical : “Mais il doit produire une chiasse !
De grâce, pour votre entourage, quel handicap ! ”
Descriptif : “Et pour le contourner … c’est un cap !
Que dis-je, c’est bien plus… C’est un travail d’Hercule ! ”
Curieux : “A quoi sert ce petit monticule ?
D’escalade, monsieur, ou de porte-drapeau ? ”
Gracieux : “Aimez-vous à ce point les morceaux
Que naturellement vous vous débarrassâtes
De mâcher vos gibiers, vos viandes ou vos pâtes ? ”
Truculent : “Ça, monsieur, lorsque vous vous bâfrez,
L’excédent du repas vous sort-il du gosier
Sans qu’un voisin ne crie « Expédiez en Afrique ? ”
Prévenant : “Faites bien attention aux coliques
Trop de gras donne aux crottes une odeur de formol ! ”
Tendre : “Terminez vos dîners par un petit alcool
Afin de bien tasser les excès de friture ! ”
Pédant : “Il me faut bien desserrer ma ceinture
Après avoir gobé sans une moindre pause
Ce qui répand ici tant de chair sur tant d’os ! ”
Cavalier : “Quoi, l’ami, ce ventre est à la mode
Pour y poser ses fesses, c’est vraiment très commode ! ”
Emphatique : “Aucun gibier ne peut, ô ventre énorme,
Te remplir tout entier, exceptée la Licorne ! ”
Dramatique : “C’est l’orage quand il digère ! ”
Admiratif : “Pour un cache-cache, quel repaire ! ”
Lyrique : “Est-ce une lune, êtes-vous un lion ? ”
Naïf : “Ce monument, quand le visite-t-on ? ”
Respectueux : “Sachez, monsieur, qu’on vous confond,
Avec une voiture, un train, un porte-avion ! ”
Campagnard : “Hé, ardé ! C’est-y un bide ? Nenni !
C’est un taureau, un bœuf – as-teure une ménagerie ! ”
Militaire : “Débarrassez-vous des tambours !”
Pratique : “Creus, ça ferait un bel abat-jour.
Assurément, monsieur, mais il vous faut l’espace ! ”
Enfin parodiant Raoul avec sa classe :
Le voilà donc ce bide, qui des lignes humaines
A détruit l’harmonie ! Et autrefois, la mienne !”

-L.Kinet, 2011

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