L’Adieu aux Armes

Cher Benoît,

Chers amis,

Chers collègues devenus amis,

Chers concurrents,

Cher Benoît,

Tu n’étais pas obligé, franchement.

Sincèrement, tu n’étais pas forcé de commettre un abandon de domicile pour offrir à boire à tes potes. S’il te fallait vraiment une bonne raison, nous aurions pu, ensemble et aisément, forger le mobile nécessaire à l’orgie de ce soir. Je ne sais pas, moi, par exemple : “le premier anniversaire d’Ethan”. Ca aurait été sympa, ça, il aurait pu pavaner à la crèche auprès de ses camarades – “Ben ouais, tu vois, Kevin, chez moi, pour mon premier nanif, y’avait 150 adultes qui s’enfilaient biberons sur biberons, même que sans faire de rots après.” – “Parce que tu vois, Kevin, chez moi, on a des standards, tu vois. Moi, j’ai pas dix mioches qui courent autour d’une chaise en plastique en braillant des chansonnettes bretonnes, non non, chez moi, on ne s’emmerde pas à souffler sur des bougies qui ne s’éteignent jamais après un colin-mayard du feu de dieu – non non, Kevin (dit Ethan), chez moi, c’est comme ça, parce que mon papa, c’est une star !”

Oui, oui, une star ! Une vedette ! Dans son domaine, d’accord, mais une vedette quand même ! Il aurait bien sur omis, le petit Ethan, de préciser que le marché digital belge équivaut à peu près à 0,05% de l’industrie du disque et la moitié du budget annuel du Super Bowl – oui, ça, il ne l’aurait pas dit, mais qu’importe ! Le web belge, finalement, c’est une grande famille où tout le monde se connaît. Et on tourne, on butine de boîte en boîte, et quand on aura tous rempli notre bel album de cartes de visite avec tous les logos du Top 100, alors on pourra se dire : “Ca y est, j’ai fait le tour”. Ce n’est pas si éloigné du colin-mayard, finalement.

(Benoît, un jour il faudra que tu dises à ton fils que non, il n’a pas été téléchargé, il est juste né.)

Non, Ben, tu n’étais pas obligé. Tu n’étais pas obligé d’imiter Ben Ali, Moubarak, Khadafi ou Bachar-el-Assad : le printemps arabe, il est précisément arabe, pas digital ! Qu’ont-ils donc tous, les leaders du monde pas libre, à chuter de leur piédestal, de gré ou de force ? Je n’y vois qu’un point commun : ces départs marquent la fin d’une époque, le commencement d’une autre aussi, plus structurelle, plus charpentée – moins humaine peut-être.

Car il faut tout de même se rappeler, chers amis, que l’artiste que nous fêtons ce soir est issu d’une autre époque. Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un oeil à sa première adresse e-mail : lips@pcpm.ucl.ac.be. L’époque bénie des tentations académiques, ou Benoît Carl Lips s’inquiétait de la pénétration de l’équipement de réseau Arpanet en Afrique. L’époque désuette où chaque e-mail se terminait par “This format is fully readable in ASCII with all text editors”, histoire d’être bien certain que le correspondant puisse le déchiffrer – parfois même accompagné d’un judicieux : “To reply, press the Reply button.” L’époque où trois lascars, Hugues, Jean et Benoît, créent, le 30 novembre 1995, D.A.D. Digital Age Design. Très vite, l’équipe s’agrandit : ils sont six (dont trois stagiaires), et assurent 8 millions de chiffre d’affaires (en francs belges). Ne vous gaussez pas, c’est beaucoup pour l’infrastructure de l’époque. Sur la première version du site Internet, on pouvait y lire cette déclaration d’intense fierté : “DAD dispose d’une ligne louée de 128 k chez Interpac et une autre de 28.8 k chez Eunet.”

C’est dire que notre ami fut à l’origine de toute chose ici-bas, dans cette Belgique appauvrie des rigueurs tatchériennes et de la mondialisation industrielle. Nous sommes tous, ici, ce soir, à s’enfiler des biberons, mais en novembre 1995, il était déjà là, lui, avec son haut-débit de 128k et Jean-Luc Dehaene comme premier ministre ! Benoît, c’est l’ancêtre de l’espèce, le Cro-Magnon des balises méta, le Néenderthal du HTML – et d’ailleurs les premiers sites Internet relevaient davantage des peintures rupestres que de l’art numérique – mais qu’importe, qu’importe : la digitalisation de nos vies est entamée, irrémédiablement. Benoît a envoûté le citoyen Belge, lui a fourré un best-seller dans la poche, plus rien ne serait désormais comme avant. Et déjà, déjà, le slogan qui tue : “Interactivity on the move” – secondé par un logo verdâtre dont on se demande s’il ne fut pas inspiré du monde automobile, tant on y perçoit un dynamisme issu d’un déhanchement chaloupé que d’aucuns qualifieraient de “bancal”.

Et puis survint cet événement majeur dans l’histoire de l’Internet mondial, qui marquera Benoît à jamais, et aura bouleversé son existence entière : la sortie de Netscape 4. Quels délicieux moments d’excitation fébrile. Ah ! Ils en ont passé, des belles soirées alors, à explorer toutes les fonctionnalités du logiciel. Ils se refilaient les CD les uns après les autres, si bien qu’en moins de trois jours, chaque employé l’avait sur son ordinateur !

Quinze ans plus tard, l’artiste entraîné par une demi-carrière à noircir des slides Powerpoint décide de quitter le nid qu’il a lui-même édifié. Allez, c’est vrai ? Mais c’est dingue ! Je crois que la semaine de l’annonce fut celle où j’ai entendu le plus de “what the fuck?” de toute ma vie. Alors, d’abord, allons, allons, il faut raison garder : ce n’est pas le premier. Giscard d’Estaing l’a fait avant lui, et à la télévision en plus. Ceci dit, Benoît perce deux ou trois tonneaux et réserve tout un hôtel ; Valéry, lui, n’a balancé qu’un péremptoire “Au revoir”. Ah au moins, ici, on sait rigoler !

Voir son gourou qui s’en va, c’est un peu comme enlever le grand mat du voilier, et le voir inexorablement dériver vers d’autres flots, et les matelots, plutôt que de se demander comment désormais piloter leur navire, penchés sur les bastingages, s’inquiètent du sort de ce mat, arraché aux planches de son ponton, déconnecté de ses racines.

Car il s’agit bien d’une déconnexion. Benoît, tu t’en retournes à la vraie vie, celle des arbres, des nuages et de la ratatouille de bonne-maman, tu lèves enfin ton regard du clavier vers les cieux – et c’est effrayant. Personne ici n’oserait faire ça ! Mais nous sommes de bons conseils, nous nous sommes renseignés sur la vraie vie, sur le monde réel fait de briques et de ciment, tu sais, celui qui fait mal quand on se cogne sur le coin d’un meuble. J’ai quelques infos, je vais t’expliquer ce qui t’attend, et formuler quelques leçons de base.

Dans la vraie vie, on n’est pas obligé de rédiger une reco pour proposer un ciné. En agence, on pond cent slides pour convaincre de l’utilité d’ajouter un bouton “Print”. Dans la vraie vie, non. On sait parler sans bullet points. On peut acheter des billets sans WBS, et sans remplir ses TT.

Dans la vraie vie, on ne planifie pas ses vacances avec Microsoft Project. En agence, on crée un projet waterfall pour aller pisser. Dans la vraie vie, non. On devine les dépendances et les overrun à l’intuition.

Dans la vraie vie, on ne coupe pas systématiquement la fin des mots. En agence, on parle de brief, de presta, de comm, de reco, de présa. Mais dans la vraie vie, non. Si on te demande quel est ton sport favori, tu ne réponds pas : l’équita. Ou la nata. Il faut finir ses mots, dans la vraie vie, d’ac ?

Dans la vraie vie, il y a des établissements non fumeur. En agence, on fume dans les salles serveurs. Dans la vraie vie, non. On ne fume pas dans la salle des restaurants, même s’il y a des serveurs aussi.

Dans la vraie vie, on utilise des clés. En agence, on utilise des badges. D’ailleurs, Benoît, as-tu rendu ton badge ? (Antony, tu n’oublieras pas de couper tous ses accès à l’ERP, à la Bible et à l’Exchange, merci.)

Dans la vraie vie, on peut faire une réunion sans parler quarante-cinq minutes d’affilée. En agence, on peut tenir le crachoir en répétant huit fois la même chose à coup de paraphrases bien senties. Dans la vraie vie, non. En agence, on fini Président de l’IAB. Dans la vraie vie, on fait le café, comme tout le monde.

Dans la vraie vie, il faut payer ses restaurants soi-même. En agence, on peut passer trois heures chez Da Mimo et se taper un rallye-café en faisant le tour d’Evere, avec trois étapes au Challenge et une pause-pipi au Clodo, le tout sur le compte de Belgacom. Dans la vraie vie, non. Dans la vraie vie, on va dans des restos où les prix sont indiqués sur la carte.

Dans la vraie vie, il n’est pas nécessaire de passer une nuit blanche pour se sentir important. En agence, on travaille la nuit, ou on visite La Bresse sous la neige, mais on ne dort pas avec un collègue. Dans la vraie vie, oui. Dans la vraie vie, si t’es fatigué, tu dors.

Dans la vraie vie, il y a des amis qui peut-être furent collègues. En agence, il y a des collègues qui deviennent des amis. Dans la vraie vie, non. Les gens ne sont pas tous des collègues. On ne demande pas à sa belle-maman si elle connaît HTML5. Dans la vraie vie, on ne dit pas “A tout à l’heure au bureau” au guichetier de la poste quand on va acheter des timbres.

Dans la vraie vie, il faut s’occuper. En agence, on peut se permettre de ne rien faire, quelquefois. Ca s’appelle la “réflexion stratégique”. Dans la vraie vie, ça s’appelle l’ennui.

Et précisément, cher ami, comment vas-tu t’occuper, maintenant que tes petits enfants sont rendus à eux-mêmes, élevés et matures, fidèles au cargo original, ou éparpillés dans les caravelles d’escorte ? Oh, il y a bien quelques informations qui circulent et des rumeurs fuyantes, mais admettons que nous n’en sachions rien, il faudrait trouver à te reconvertir ! Le communiqué de presse a parlé de “concentration sur de nouveaux défis”. Fort bien. Vous remarquerez déjà l’usage du pluriel. Ainsi, vu que les défis sont potentiellement nombreux, et si tu le permets, j’ai quelques suggestions à te soumettre – bien entendu, tu en fais ce que tu veux, n’est-ce pas ?

Tout d’abord, tu pourrais songer à te lancer dans le tabac. Une carrière fumante t’attend dans ce secteur, et comme tu vas te pointer à l’entretien d’embauche avec un paquet de Camel dans chaque poche de ta chemise, une derrière chaque oreille et un mégot de secours dans le slip, je suis certain que tu reviendras en deuxième semaine.

Ensuite, tu pourrais postuler auprès d’Anonymous, comme Anonymous local. Après dix-sept années de vedettariat, de projecteurs brûlants, d’autographes et de notoriété rampante, je crois que ça pourrait te faire du bien de te balader avec un masque blanc arborant un bête sourire. Personne ne te reconnaîtrait, c’est certain. Sauf peut-être les Camel sur les oreilles, la taille de basketteur de NBA et Bege à tes côtés qui prend note. Non, en fait, oublie ça, c’était une bête idée.

Il y a aussi le secteur des rasoirs, où tu pourrais franchement occuper le poste de beta-testeur pendant une bonne dizaine d’années. Sinon, tu peux aussi briguer la mairie de la jolie petite bourgade d’Evolene, gentille commune suisse aux avalanches fréquentes et au carnaval pittoresque, arrosé de vin de Valais fadasse, qui auraient bien besoin d’un leader de ta trempe à la tête d’une société de management qui en porte déjà le nom, n’est-ce pas.

Mais s’il y a bien une seule reconversion que tu dois envisager très sérieusement, c’est de mettre au profit de tes enfants ton expertise de paternité. Qu’ils bénéficient, ce qui est déja le cas évidemment, de ton talent créateur d’ascendance, générateur de bonheur et de vie, dont ont profité tous ceux qui t’auront cotoyé pendant toutes ces années. On ne fonde pas une entreprise nommée DAD sans savoir, au fond de soi, qu’il s’agit là d’une qualité fondatrice. Plusieurs d’entre eux ont d’ailleurs voulu te l’exprimer ici, ce soir, et à leur demande, je vais t’en lire quelques passages – non qu’ils refusâtent d’y procéder eux-mêmes, mais sans doute par pudeur ou respect, que sais-je, en tous cas c’est moi qui m’y colle, mais c’est eux qui parlent – essaie de placer leur visage sur ma tête au moment où je lirai leurs mots – ce ne sera pas facile, mais tout arrive.

A tout seigneur, tout honneur, il y a d’abord Elsa, en compagnie de qui j’ai passé plus de temps dans les tours Belgacom qu’au téléphone tout court, dans toute ma vie. Et Elsa, qui te dit (imagine son visage ici, sur le mien, hein) :

De notre rencontre, il y a tant de choses dont je ne parlerai pas ici mais de ce que je peux dire, voici, à la volée et dans le désordre, tant de moments mémorables…

Ces “Hejman, dans mon bureau !” que tu hurlais dans les couloirs ; ces matins où remuant ta cuillère dans ton café, les yeux qui brillaient , je me disais “Il s’est encore pris de la coke celui-là!” ; ces meetings sans fin chez Belgacom, ces offres à 20 millions d’euros, ces phrases restées célèbres: “Je retiens le mur”, ou “Comme ma mère me le dit souvent : choisir, c’est renoncer”, ou encore “Le diable est dans les détails” ; ces stress d’avant présentation, ces heures sans fin où tu corrigeais tous mes bullets points, à me rendre hystérique … mais surtout et au-delà de tout, ta passion, au jour le jour, tous les jours, sans relâche… que je ne pouvais que partager ; ta façon d’écouter, tout, tout le monde, tout le temps, disponible, indéfiniment pour chaque question, pour chaque bobo, pour chaque connerie, pour chaque blague, au point que quand ta porte était fermée, on était tous perdus ; tes moments de repli-cloppessss dans la salle serveur. “Il est où le B ?” – “Ben sûrement dans la salle serveur” ; et cette fameuse capacité à convaincre… eux, nous, à faire mieux, à aller plus loin, a réfléchir encore, à se poser une multitude de questions, à partir du postulat que rien n’est jamais acquis et que tout se construit tous les jours…

Tu as été le plus gourou, le plus talentueux, le plus inspirant, le plus exigeant et surtout le plus humain des managers rencontrés sur ma petite vie professionnelle…

Chapeau bas, mister Benoit !

Ensuite, nous avons Benjamin. Rigo, la compta, les chiffres, les tableaux, les tableurs, les factures, l’administration, le travail ch… pénible, et rien que pour ça, il mérite de passer en second lieu. Il te dit :

Camarade Benoît,

Etant fort discret, il n’est pas facile de parler de Benoît. D’ailleurs pour savoir si Benoit est bel et bien présent chez LBi, il suffit de regarder si sa veste se trouve dans la poubelle de la copy room.

Benoît, tu as pris la décision de changer d’horizon, et je sais à quel point ce ne fût pas évident de tourner la page LBi, mais te voilà maintenant homme au foyer, ou plutôt le Tony Mitchelli d’ Elsa est servie !

Je crois que tu as un avenir fort prometteur dans ce domaine.

La cuisine. Fin cordon bleu, tu devrais pouvoir te débrouiller, mais attention à l’innovation, ce n’est pas toujours bon.

Papa Poule. Présent et complice de tes enfants, je me suis laissé entendre dire que tu as un petit surnom qui te va si bien…. Babouuuuuuu  (scoop of the year) !

Le bricolage. Et oui, Benoit bricole ! Il se pose enormément de questions pour bien faire les choses et puis il se lance… A partir de ce moment, il parait que tous les dialogues sont rompus dans la maison car la tension monte… Et oui, notre Benoît sait s’enerver !

Fan de téléréalité…

Benoît, MERCI pour cette complicité durant ces dernières années. Je te souhaite la même réussite dans tes futurs projets même si aujourd’hui je perds un MAGNIFIQUE CAMARADE !

Et puis merde ! On va pas se tortiller le cul pour chier droit (Benoit adore Norbert). Bon vent à notre TOP CHEF de ces 17 dernières années…

Ensuite arrive Véro. Véronique Vanhelst, la petite française qui monte. Elle te dit ceci (et là aussi, imagine son visage sur le mien) :

Voilà maintenant 5 années que nos chemins se sont croisés. Que du bonheur et quel honneur ! Merci de tout cœur de nous avoir accompagné pendant toutes ces années. Ceci-dit on se reverra, hein Beli ?

Le top chef des solutions,

Le top chef de l’écoute,

Le top chef de la bonne humeur,

Le top chef du « BEN OUAIS »,

Le top chef de la tendance.

Tu es un master quoi !

Tu vas nous MANQUER grand chef.

La petite Chtimi de Sch’nord

Florence. Florence Moreau ensuite, qui n’y va pas de main morte. Elle te dit ceci :

Aah Benoît, Très cher Benoit, Beli… Que dire… Il y a eu tellement de souvenirs ces 5 dernières années que je ne sais lequel choisir en particulier…

Je me rappelle de ton fameux carbonara suivi des Irish de cette bonne vieille Amel, ta veste type bucheron où tu me disais : “Vas-y, fous-toi de ma gueule, Morence, mais pas devant Elsa, c’est un cadeau”. Les after-work à la soeur du pat, mes questions “Tiens, Benoît, ça tu dois savoir…”, ton écoute bienveillante lorsque j’avais 3 grammes dans le sang, le moment où je t’ai fait découvrir le sandwich numéro 2 du Eat O’Clock et tous ces petits ou grands moments avec toi, accompagnés très souvent des autres tarés, qui ont participé à me faire vivre une excellente aventure professionnelle mais surtout humaine.

Aaaah c’était une belle aventure, une belle équipe, un beau bateau et tu étais un si chouette capitaine ! Bon vent !

Morence

Puis vient Jipi-ça-mousse. Jipi a un surnom, c’est Jean-Philippe van den Hove. Ca lui va pas mal, je trouve, même si c’est plus long et moins funky, avouons-le, mais ça lui va pas mal. Il te dit ceci :

Cher Mr. Ben !

Merci pour toutes ces discussions spontanées, toujours accompagnés de rires et de fous rires, abordant des themes absurdes, au plus délirant au mieux :-)

Tu fais partie des gens qui se préoccupaient de savoir comment je moussais ; à moi maintenant de te souhaiter une bonne mousse bien méritée. Levons notre verre à toi, Ben. You are defenitly THE MASTER !

JiPi

Enfin, nous avons Nico. Huskin, qui m’a transmis une tartine de 150 000 signes, espaces non compris, fidèle à lui-même. Il te dit (accroche-toi) :

Et avec qui je vais faire mes nuits blanches, maintenant, hein ? Tu me manques déjà ! Bonne continuation Ben !

Puis il y a tous les autres, ceux qui sont ici, ce soir, et ceux qui n’ont pu s’y joindre, et qui t’expriment également, à leur manière, par leur présence et leurs mots, cette immense gratitude. Et je m’y joins aussi, bien entendu, cher Benoît, car ces huit années de collaboration (huit ans peut-être, mais qui ne font pas même la moitié de ton implication dans la société), ces huit années m’ont inspiré de multiples façons, comme beaucoup d’autres, dans le besoin d’entreprendre, de créer, de générer de la valeur sans jamais perdre de vue le sens humain de toute action, qui prime avant toute chose. Il y a des gens qui tueraient pour baiser la main du Pape, effleurer celle de Lady Gaga, passer à la télé en chantant Etienne Daho ; il y en a tant qui tiennent pour miraculeux le fait d’être à moins de deux cent mètres de François Pirette ; il y en a tellement qui se gonflent de fierté d’être suivis par Sandra Kim sur Twitter ; mais il y en a aussi qui ont eu l’honneur de côtoyer le père du web belge ; c’est notre cas à tous ici. Au final, on revient tous à Benoît Carl Lips, bouclant la boucle de carrières engagées, de souvenirs précieux, d’époques imprimées sur la stèle de nos mémoires. Certes, il y a ce côté prophète, héraut des premiers âges digitaux, oracle précurseur d’un marché balbutiant, mais c’est bien la première chose qui disparaît lorsque derrière cette figure tutélaire, derrière ce bronze en ronde-bosse pyrogravé d’un “I was the first” au fer rouge, apparaît l’homme, l’humain, l’imparfait, fragile comme nous tous, fait de chair et d’émotion et qui, de la distance hiératique forgée par l’histoire, se fait alors tout proche en nous ressemblant.

C’est bien là l’incommodité d’être à la source des choses : c’est que fatalement, on se trouve un peu seul au sommet de l’arbre généalogique. Mais ce soir, cher Benoît, tu démontres que tu n’es pas retiré dans ta thébaïde, tu n’es pas seul, et nous sommes tous là pour te le rappeler.

Merci à toi, merci à tous.

-Laurent

Hôtel du Berger, le 27 avril 2012

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