Note sur la colère

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Nom d’un chien de nom d’un chien ! Je commence doucettement à en avoir soupé, de ces mystères à la noix ! Qu’ont-ils donc tous, là, oui, ceux-là, tous ceux qui, de près ou de loin impliqués dans ce complot, à faire mystère, à distiller leur information comme une pincée de safran ? Franchement ! Y’en a marre à la fin ! Est-ce qu’on n’est pas simplement en train de se foutre de ma gueule, là, finalement ? Allez, vous voyez, Michaël Douglas dans The Game, tout son entourage est de mèche pour le canular du siècle. Forcément ça m’emmerde ! Qui est aux commandes ? Que veut-on me dire ? Who’s behind this ? Who does this to me ? Why ? Ne pas savoir, ne pas trouver, ne pas dormir m’émoustillent de pied en cap, et je sens que je m’énerve. En l’occurrence, je suis à deux doigts de passer de l’autre côté, vous savez, de The Game à Falling Down. Comment, ça, vous ne servez plus de petits déjeuners après onze heures et demie ? Il est onze heures trente-deux, bordel ! Et j’explose. D’un large revers de la main, j’envoie la lampe de bureau s’émietter sur le sol (une Tiffany, copie parfaite), j’envoie valser ma chaise en cuir sur le long du parquet, je hurle quelques sons rauques en balayant une cabriole de derviche-tourneur, pour finir épuisé, assis sur le rebord de la fenêtre. Les rais dardant de tout à l’heure ne sont plus que lasers migraineux, et la poésie s’est faite ulcère. Ma colère fut foudroyante et solitaire, la pièce est ravagée, je me sens mieux.

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