“Sex Box”, la nouvelle télé-réalité de 2013, rejoint le livre-fiction de… 2011.

Channel 4, chaîne britannique, va mettre à l’antenne une émission de télé-réalité intitulée “Sex Box“*. Comme son nom l’évoque, il s’agit de pêche à la truite. Cette initiative bien réelle me fait penser à un passage de The Herman Show, que j’ai rédigé il y a moins de trois ans. La vitesse de progression du monde, quel que soit le sens de la course (affinage ou délitement) me laisse pantois.


——- EXTRAIT ——-

   « Nous sommes partis du principe que le concept de télé-réalité est en phase terminale. Il agonise, il s’essouffle. Il n’a par ailleurs rien de réel. Tout est construit sur un mode onirique. Le candidat poursuit un rêve de gloire et de richesse, et pour créer l’illusion de s’en rapprocher, la télévision fabrique effectivement les conditions d’une vie de rêve : un loft idéal, une ferme d’Epinal, une école-château. » – Ouais, d’accord.
« Cette première phase étant éculée, il a fallu concevoir de nouveaux ressorts, et ce furent les expériences traumatisantes vécues par des candidats judicieusement sélectionnés, captées sur le vif. Des rats de laboratoire. Vous voyez ce que je veux dire ? »    - Pas exactement, non.
   La brillante enflure presse un bouton sur la console et me désigne un moniteur d’un mouvement de tête. Il y passe des extraits d’émissions étrangères pour le moins surprenantes. D’abord un candidat, enfermé dans une cellule aux allures de navette spatiale, un décor d’Objectif Lune. Il sue, roule des orbites, et tremble. Isolé du monde extérieur, il subit diverses expériences infligées par la production : privation de nourriture, puis de sommeil, chocs électriques, obscurité totale, etc. L’aspirant doit tenir le plus longtemps possible dans ce mitard infâme ; à la clé : des sous, et peut-être un contrat sur télé-achat. C’est diffusé en Allemagne, m’explique-t-on, et certainement, bientôt, en France.
   Ensuite, je vois huit jeunes gens hurler dans une maison. Ils s’invectivent, se chamaillent, parfois s’observent. « Il s’agit d’attiser la haine nationale, m’explique Brilleux. Quatre sont Hollandais, quatre sont Belges. C’est l’équipe qui fera craquer l’autre la première par des coups tordus, des sabotages ou des insultes, qui remportera le gros chèque. »
   Et ça continue. Maintenant, c’est un couple qui fait l’amour, dévisagé par seize caméras dissimulées dans la chambre conjugale. « Ils sont consentants, me dit-on. Il s’agit de partenaires souffrant de problèmes sexuels, coachés par des professionnels. Nous assistons ici aux travaux pratiques. Les téléspectateurs les matent, et posent des questions. En régie, dans la pièce voisine, les coachs répondent en direct. »
   Je dois m’asseoir.
   « Vous n’avez encore rien vu », intervient P***. Effectivement. Je vois des jeunes s’essayer aux champignons hallucinogènes sous le regard conciliant d’une animatrice en jupette. L’instant d’après, ces mêmes jeunes s’aventurent à des pratiques sexuelles explosives auprès de prostituées, avant de comparer leurs ébats. « Ca s’appelle Spuiten en Slikken, dit Brilleux, ce qui signifie…
   - Se piquer et avaler. Je sais, je suis né en Flandre. »
   Quelques extraits défilent encore, mettant en scène des séminaristes soumis à la tentation de la luxure à la veille de leur engagement, des familles allemandes enseignant le brossage des dents à des tribus reculées, des prétendants blancs maquillés en noirs, des candidats au physique ingrat se faire bistouriser à l’aveugle, la Nouvelle Star du porno, des transsexuels qui ne se révèlent qu’au dernier moment ; les images se succèdent et m’écœurent. Assez, Brilleux, assez !
   Ses pupilles pétillent. Manifestement, il adore ça, lui. Il s’en délecte quotidiennement. « On s’en doute, ces émissions ont attisé la polémique autour du genre. Toujours plus loin, toujours plus choquant. La limite est atteinte. Mais l’escalade du trash n’est pas la seule voie. »
   Pause. On me tend une petite bouteille d’eau que je vide à grandes goulées. Face à moi, les deux comparses sortent d’un cirque ; ce sont des montreurs de monstres, de phénomènes anormaux, de curiosités naturelles, au son des guimbardes et des cymbales. Un grand barnum de lilliputiens illusionnistes, de trapézistes manchots, de messieurs muscles. Un spectacle itinérant sous les guirlandes bariolées ; la monstrueuse parade.

—— FIN DE L’EXTRAIT ——–

* Sex is integral to our lives, but few of us talk about it openly and honestly with our partners. In Sex Box, couples discuss their feelings and sensations about their love life after having sex. — Sans rire, en plus.

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