Originellement décernée par le Comte de Flandre en 1304, le blason de la Ville de Bruges a connu plusieurs modifications mineures, notamment dans l’attitude et la couleur du lion (le lion d’azur date du 14ème siècle). Le lion dérive par ailleurs de celui des Comtes de Flandre, qui l’arboraient de sables.
Le lion tenant est directement issu des Flandres ; l’ours, quant à lui, est un souvenir d’une société de joutes chevaleresques très populaire à Bruges, qui l’utilisait comme symbole. Il fut ajouté aux armoiries au 16ème siècle, mais les sceaux officiels représentaient encore deux lions tenants jusqu’au 19ème siècle.
La devise SPQB, référence patente à la Rome classique, signifie Senatus PopulusQue Brugensis (le sénat et le peuple de Bruges), et se réfère à l’autonomie administrative et judiciaire de la ville.
Détail amusant : les armoiries de Bruges sont celles du Luxembourg (province et Grand duché) en couleurs inversées.
Autre détail croustillant : la popularité du Vlaamse Leeuw et l’oeuvre de Hendrick Conscience (De Leeuw Van Vlanderen) nous incite à considérer le lion comme un symbole héraldique particulièrement flamand. Or,le lion est présent sur tous les blasons des provinces wallonnes, et sur quatre seulement des provinces flamandes, absent de celui d’Anvers. Les blasons provinciaux wallons totalisent 10 lions répartis sur 5 écus, quand la Flandre en compte 4. Cette répartition peut s’observer également au sein de l’héraldique communale (avant fusion).
Le blason de la ville d’Anvers se lit de gueules, à porte fortifiée de trois tours, reliées entre elles par une courtine d’argent, accompagnée en chef de deux mains addossées de même. Si la fortification ne soulève aucune question, tant ce type de meubles est fréquent dans l’héraldique communale, la présence des deux mains interpelle par son anecdote légendaire, racontant que la ville doive son nom au géant Druon Antigonus, qui avait la fâcheuse habitude de couper les mains des marins refusant de s’acquitter du péage de passage de l’Escaut, et de les jeter dans le fleuve - d’où le nom “hand werpen“).
Une autre version, plus vraisemblable, attribue l’origine du nom d’Anvers à l’expression “Aen de Werpen“, soulignant ainsi que le bourg a éclos sur une berge fluviale particulièrement propice à l’accostage des barques et terreau du développement de l’activité portuaire.
Cette dernière partie de la mini-série relative à l’héraldique est consacrée à la technique du blasonnement, c’est-à-dire à l’art de lire un blason. L’héraldique dispose d’un vocabulaire élaboré qu’il est indispensable de connaitre pour la pratiquer. La présentation ci-dessous en présente les termes principaux, de même que les règles fondamentales à respecter dans cet exercice intéressant. Lorsque vous les maîtriserez, vous ne traverserez plus une ville sans déchiffrer, au détour d’une ruelle médiévale, de gueules aux trois cotices d’argent, au franc-quartier d’azur à la croix fleurdelisée d’or.
Il faut ici rendre hommage à mon vî pote Hugues Sana, qui a réalisé cette version du Powerpoint.
Après la Révolution Française, l’héraldique est interdite, et le reste de 1790 à 1808. Sous l’empire, Napoléon la rétablit avec la création de la Légion d’honneur (ce qui ouvre la voie vers une noblesse nouvelle) … et la réserve exclusivement à cette caste. 1808-1815 est donc la seule période de l’histoire (7 malheureuses années) où le blason est effectivement l’apanage de la noblesse.
Héraldique impériale
Cet épisode est la seconde cause de la confusion générale et des préjugés contemporains autour du blason.
La noblesse impériale se composait de 5 degrés. Les blasons exprimaient le titre du titulaire au sein de leur composition, directement dans les pièces honorables : les princes et les ducs disposaient d’un chef particulier, les comtes militaires et les barons arboraient un franc-quartier, et les chevaliers un pal (sur lequel ils plaçaient l’étoile de leur ordre).
Certains meubles sont interdits : l’aigle, la fleur de lis, l’abeille, la couronne.
Cela dura 7 ans. A la Restauration (comme son nom l’indique bien), on restaura l’ancienne noblesse et son héraldique.
Ornements extérieurs
La codification du blason s’est complexifiée à travers les âges, jusqu’à rassembler plus de 15 éléments différents sur les mêmes armoiries. L’exemple ci-dessous représente les grandes armoiries du Royaume de Prusse, et est assez représentatif de ce que peut raisonnablement supporter un blason dans ses charges…
Le TIMBRE : le sommet de l’écu (d’où l’expression “timbrer ses armes” d’un élément comme un casque, une couronne, etc).
Le CASQUE : il en existe de toutes sortes, dont l’orientation et le nombre de barreaux indiquent le statut (noble ou non) et le titre du titulaire.
Le CIMIER : l’élément le plus haut (la cîme) de l’écu; il reproduit souvent un élément de l’écu (un lion, par exemple). Il trouve ses origines sur les champs de bataille (on plaçait sur le heaume des légers objets en bois pour se faire reconnaître du plus loin possible).
Les LAMBREQUINS sont des morceaux de tissus tailladés entourant l’écu, rappelant le vêtement de tête porté par les chevaliers pour se protéger du soleil et de la pluie.
La COURONNE : comme les casques, elles sont soumises à de nombreuses règles (trop complexes pour être abordées ici).
Les ORDRES : les titulaires d’un ordre de chevalerie entourent leur écu du collier de cet ordre, le plus important à l’extérieur ou le plus ancien à l’intérieur (c’est selon) : l’ordre de la toison d’or, de la Jarretière, etc. Il en existe des centaines.
Les TENANTS sont des supports (lorsqu’ils représentent des animaux) ou des soutiens (lorsqu’ils représentent des humains)
Le CRI, la DEVISE : un exemple de cri : Montjoie Saint-Denis. Un exemple de devise : Fluctuat Nec Mergitur.
Le MANTEAU est soumis à des règles complexes. Parfois il devient Pavillon (une tente)
Les CHARGES ET OFFICES sont des objets souvent placés en sautoir et précisant l’office, la charge, la fonction du titulaire (mains de justice, clés, sceptre).
Les dérives héraldiques
L’héraldique dispose d’un langage particulier, a priori incompréhensible pour le non initié. C’est pourquoi on l’a très vite taxée d’ésotérique, de mystique, voire de magique. On a par exemple parfois considéré le blason comme un code secret renfermant un message, comme le sémaphore. On a aussi symbolisé à outrance les composants : une planète, une vertu, un minerai étaient associés à chaque couleur.
Ma position est bien plus pragmatique : tout trouve une explication dans l’histoire. Je ne résiste cependant pas à vous faire part de deux exemples de théories fumeuses :
Un chercheur du 20ème siècle a démontré que la forme est une propriété de la matière : les réactions d’un nerf, d’un muscle, d’un métal enregistrés au moyen d’instruments appropriés se traduisent par un même diagramme. Il conclut ainsi qu’une continuité morphologique lie l’organique à l’inorganique, l’animé à l’inanimé. Par exemple, les mouvements de propagation des gaz dans un milieu liquide reproduisent exactement les principales partitions héraldiques : l’écartelé, l’écartelé en sautoir, le parti de un coupé de deux ou le gironné.
L’autre exemple démontre que tout écu comporte la proportion (a+B)/a = a/b, soit le Nombre d’Or, formule parfaite, chère au Pythagoriciens, et que l’on retrouve dans plusieurs disciplines comme l’architecture (les pyramides, les cathédrales), la nature (les étoiles de mer, l’ananas) ou les beaux-arts. On a donc pensé que le blason était une représentation parfaite de la nature, et qu’à ce titre il recelait des vertus mystiques.
Une autre dérive héraldique est le rébus systématique. On a pensé que tout blason cachait un rébus, que la représentation codifiait une raison plus profonde. Je vais donner deux exemples.
Le rocher de Monaco fut conquis par ruse par le premier Grimaldi déguisé en moine. Les armes monégasques représentent un losangé en pal d’argent et de gueules; et deux soutiens : deux moines. Or Monaco signifie “moine” (jusque là, point de mystère). Mais en occitan provençal, losange se dit “Louzenge”, soit presque “Laousenngo” qui signifie « celui qui flatte pour tromper », rappelant la ruse historique.
L’autre exemple concerne les armes de la maison de Beaumont, qui étaient tout à fait rouges à l’origine, avant qu’elle ne devienne maison dauphine des Ducs de Bourgogne (la région est devenue le Dauphiné).
En 1349, Humbert de Beaumont cède la province au Roi de France Philippe VI de Valois. En remerciement, Philippe VI lui concède la pièce honorable “la fasce d’argent au 3 fleurs de lys d’azur”. Or, la fleur de lys à l’époque était surnommée en argot « La Grande Bleue » ou : la Baille. Le roi lui concéda TROIS LYS BAILLE, soit TROIS LYS BLEUS, ce qui se lit aussi TE ROI L’Y BAILLE (ou : “Le Roi te le donne”).
Nous avons donc dessiné un aperçu de très haut vol de l’histoire de l’héraldique, et nous constatons qu’elle :
• est toujours vivante
• a beaucoup et injustement souffert au tournant des 18 et 19ème siècles
• est une marque identitaire avant d’être un signe de noblesse
• possède un langage propre qui rend la discipline passionnante
• reste un vecteur intéressant dans l’étude de la grande histoire
J’espère vous avoir intéressé (surtout Olbow ;-).
La quatrième et dernière partie s’intéressera aux techniques de blasonnement.
L’héraldique a évolué de la bannière à l’écu, puis de l’écu à la bannière, mais d’abord en restant confinée dans la vie militaire (qu’elle se déploie sur les champs de bataille où sur les champs de tournois).
Or bientôt elle va investir la vie civile, de façon fulgurante. Comment ? Par le sceau.
Le blason, dès l’instant qu’il occupe l’espace du sceau, se démilitarise. Et tout en se démilitarisant, il héraldise toute la vie sociale. En passant par le sceau, il se reproduit partout : sur les vêtement, les bâtiments, les objets.
Il est assez logique que le sceau soit le premier réceptacle civil du blason, car à l’époque, seuls les clercs savaient lire, et le blason remplaça, sur les documents officiels, la signature.
Outre sa compréhension graphique, le sceau authentifiait le document. Le sceau, et par extension le blason qui y était représenté, devient alors le symbole de la personnalité juridique. L’ancêtre de nos cartes d’identité.
Donc, en transitant par le réceptacle du sceau, l’héraldique investit très vite tous les éléments de la vie sociale. A commencer par… les femmes.
Les femmes
Au début, elles portent le blason de leur père ou de leur mari, dans un écu en losange ou ovale, voire ovaloïde. En général, les femmes mariées portent un blason ovaloide, tandis que les jeunes filles et les religieuses portent le losange. Elles ne portent pas de heaume ni d’ornement militaire, puisqu’elles ne combattent pas.
Le clergé
Les femmes ne sont pas les seules à ne pas combattre. Il y a aussi les ecclésiastiques. Leur héraldique est très particulière. La hiérarchie catholique est codifiée au moyen de chapeaux à cordelières; le nombre de glands (fiocchi) indiquent le rang du titulaire (un cardinal porte 30 glands rouges, un Patriarche porte 30 glands verts, un Archevêque porte 20 glands vert. Outre les chapeaux, on trouve aussi des mitres pour les évêques et les abbés. La seule couronne autorisée dans l’église est réservée au pape : la tiare
L’écu du Pape est posé sur les deux clés de l’apôtre Pierre en sautoir (symbolisant le pouvoir de lier et de délier, conféré au Pape par le Christ).
Les villes
Outre les individus, les collectivités aussi se parent très vite d’armoiries. Et d’abord les villes, dont les armes symbolisent souvent leur liberté, leur autonomie, acquise de force ou cédée par lettres patentes. C’est pourquoi elles représentent souvent des murailles, ou sont timbrées de la couronne murale qui est devenu l’insigne héraldique des villes autonomes.
Les universités
Il y a aussi les universités qui également se dotent d’armoiries. Les universités, de façon générales, possèdent un sceau et un blason. Certains sceaux n’ont rien d’héraldique : un des plus anciens d’Europe est le sceau de l’université de Louvain, à l’emblème de la Sedes Sapientiae (siège de la sagesse), la Sainte Vierge, patronne de l’université.
Or donc l’héraldique se répand partout, et très vite. En conséquence, le pouvoir royal entreprend des tentatives de règlementations. La plus impressionnante d’entre elles fut l’édit de novembre 1696, signé par Louis XIV : tout possesseur d’un blason devait le faire enregistrer dans l’Armorial Général de Freance dans un délai de deux mois, en défaut de quoi il écopait d’une amende de 300 livres. Cependant l’enregistrement était payant également (et combien coûtait-il, à votre avis ?). Commode expédient pour combler le vide du trésor royal.
Il y eut peu d’enregistrement volontaires. L’administration du roi, en réponse, en octroya de force, à la chaîne (il fallut produire 200 000 armoiries), ce qui mena à quelques absurdités amusantes. La ville de Bayonne est de sables à une baïonnette d’argent. Le Prieur Bodineau est de sables à trois boudins d’argent. Le curé Bonamour est au cupidon d’argent tenant en main droite un cœur de gueules. Le notaire Emfert est au diable d’argent sur champ de sable. Et (mon préféré) l’avocat Gigot est d’or au gigot de mouton de gueules.
La Révolution Française signe l’acte de décès de l’héraldique. La révolution est à l’origine des préjugés et des malentendus contemporains sur la possession d’un blason. En 1790, l’assemblée constituante décrète l’interdiction des armoiries. La chasse au blason commence. On détruit tout : on casse la vaisselle, on brûle les étoffes, on martèle les bâtiments. C’est une véritable frénésie.
Ce qui est rigolo, c’est que le Vicomte Mathieu de Montmorency, à l’origine de cette frénésie, ne refusa pas les honneurs (ni les insignes blasonnés) quand la paix civile revint avec la Restauration des Bourbons.
Ce vandalisme contre les armoiries a été interprété plus tard comme étant assimilée à l’exécution systématique de la noblesse, véhiculée dans l’imaginaire collectif par la guillotine. En fait, on ne s’acharna sur les armoiries que parce qu’elles étaient symboliques de l’Ancien Régime, noblesse ou pas.
Un ami me réclamait récemment de me conformer au titre de ce blog (Interactive Strategy, Planning 2.0 and… Heraldry), brandissant en souriant la menace de raréfier ses visites. Je ne me prononcerai pas aujourd’hui sur la sincérité de son irrépressible curiosité pour l’art du blason, mais l’appel fut aussi limpide que l’attention fut généreuse. Je m’en vais donc aujourd’hui tenter de satisfaire sa requête.
L’héraldique est un sujet passionnant et particulièrement vaste. Il est possible d’entamer son étude au travers de multiples perspectives : historique, iconographique, anthropologique, géographique, militaire, religieuse, etc. Nous allons nous contenter, dans cette première partie, de dépoussiérer les idées communément admises à son sujet. Il s’agit en somme de redorer le blason du blason, car il souffre en effet de nombreuses confusions et malentendus, ce qui fait qu’il jouit d’une assez mauvaise réputation, tout à fait infondée par ailleurs, comme beaucoup de réputation (quoique).
Nous allons donc introduire dans les grandes lignes l’histoire d’un outil, rapidement devenu fait de société, puis science, et enfin art à part entière, avant de servir des causes plus vénales (commerciales).
Casser du préjugé
Victor Hugo voyait dans l’héraldique le réceptacle de toute l’histoire du Moyen-âge français. L’affirmation est un peu péremptoire mais elle illustre l’idée que le blason est un témoin de son époque, au même titre que les tapisseries, les enluminures ou les livres.
En effet, lire un blason c’est découvrir une facette du monde et de l’époque à laquelle il fut créé, porté, cédé.
L’étude de la science héraldique ouvre un champ infini d’explorations historiques passionnantes, bien loin des préjugés folkloriques auxquels on l’associe souvent.
L’héraldique est la clé de l’histoire. On peut en effet comparer le blason à un trou de serrure (il en a un peu la forme), à travers duquel on découvre, explore et étudie le passé.
L’héraldique est bourrée de préjugés. Si vous demandez à un quidam ce qu’il pense du blason, il va répondre, à tous les coups, au moins l’une de ces trois choses (faites le test, vous constaterez que c’est manifeste) :
1. Le blason est exclusivement lié au Moyen-âge (seule époque où ils étaient portés sans ridicule)
2. Le blason est exclusivement lié à la noblesse (comme en étant la marque distinctive de qualité)
3. Le blason est exclusivement lié aux chevaliers combattants pour se défendre.
Et bien non. Non, le blason n’est pas exclusivement lié au Moyen-âge ; l’héraldique s’est renouvelée ; il y eu plusieurs héraldiques successives (héraldique impériale, russe, écclésiastique). Non, l’héraldique n’est pas exclusivement lié à la noblesse ; c’est le préjugé le plus faux et paradoxalement le plus ancré dans l’inconscient collectif contemporain. Le blason n’a jamais été réservé à une élite, sauf sous l’Empire (1808-1815).
Et non, elle n’a pas disparu (puisqu’elle s’est renouvelée). Elle subsiste encore aujourd’hui, bien vivace : des thèses lui sont consacrées, des ouvrages de qualité sont écrits à son sujet, des expositions d’art héraldique sont organisées, mais surtout elle subsiste encore dans deux domaines bien particuliers : les marques commerciales (le blason est l’ancêtre du logo) et l’héraldique collective (les blasons des villes surtout).
Elle se retrouve également dans nombre d’éléments modernes, comme la carte d’identité (on peut dire que le blason, en tant que marque personnelle d’identification, est la première carte d’identité portable ayant existé).
Au niveau commercial, on utilise ici le blason pour véhiculer une image de marque, et non plus un statut ou un titre. Il s’agit d’un pur objectif de communication, qui véhicule les valeurs d’excellence, de permanence, d’honnêteté. En anglais, on appelle ça cachet heraldry, que l’on peut traduire par héraldique de prestige.
Certaines marques tiennent leur logo des armoiries familiales, comme les 5 flèches de la banque Rotschild. D’autres tiennent leur logo de la région ou de la ville où elles furent fondées, comme le Lion Peugeot, qui n’est autre que le lion de la Franche Comté, ou celui d’Alfa Romeo, qui reprend la croix et la guivre de la ville de Milan.
D’autres logos sont simplement des traductions : comme celui de Shell, qui reproduit un coquillage, ou Citroën, dont les deux chevrons rappellent l’engrenage en chevrons, que la société a inventé à ses débuts.
On retrouve aussi l’hérldique sur beaucoup de marques “à vice” : alcool, vins et tabac. Au sujet du vin, vous aurez certainement remarqué que la plupart des bouteilles portent un blason sur leur étiquette. Il faut savoir qu’il s’agit pour la plupart du temps de la fantaisie d’un graphiste, qui a créé ce blason pour son esthétique, souvent en n’en respectant pas les règles, et qui en a reproduit tous les clichés (lions, lambrequins, casques). L’objectif commercial est ici très clair : on profite de l’ignorance du grand public pour susciter un préjugé favorable à l’égard du produit.
Quant à l’héraldique collective, elle, elle fourmille. La plupart des villes possèdent leur blason, qu’on retrouve sur les plaques de rues ou les brochures touristiques. En Belgique, la Dexia a financé la réédition de l’Armorial communal, reprenant le blason de toutes les communes après leur fusion.
La naissance
L’héraldique naît au 12ème siècle, avec la naissance de son code emblématique, autrement dit son langage. Il existe des figures emblématiques avant le 12ème siècle. Mais elles ne deviennent « héraldiques » que lorsqu’elles sont érigées en système codifié, répondant à des règles précises.
Quelle est la date de naissance de l’héraldique ? Cette question a soulevé de nombreux débats. La meilleure solution que nous puissions trouver est celle de Michel Pastoureau dans son célèbre Traité d’héraldique, qui avance que la première représentation connue d’un blason est la Broderie de la Reine Mathilde (dite Tapisserie de Bayeux, parce qu’elle y est conservée), brodée vers 1080. Elle mesure 80 mètres de long, et sur celle-ci on remarque des combattants munis de boucliers décorés.
La naissance de l’héraldique est un fait de société qui s’inscrit dans un temps, relativement bref, et qui a pour cause les réalités concrètes de la guerre. Mais elle ne tardera pas à investir le domaine civil, comme nous le verrons dans une prochaine session.